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Auteur : |
Jean
Sprecher |
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Titre : |
A
contre courant |
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Collection : |
Escales |
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ISBN : |
2-912946-22-0 |
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Prix : |
16,77
€. 16x24 cm. 200 pages. |
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Résumé |
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Pour la première fois, un ouvrage est entièrement consacré à des « libéraux » d’Algérie. Pendant la période 1954-1962, un groupe d’étudiants d’Alger a pris beaucoup de risques pour s’affirmer « à contre courant » du mouvement de l’Algérie Française.
Autour de Jean Sprecher, professeur de lettres, qui a pris l’initiative d’évoquer son parcours et celui de ses amis, se retrouvent, pour une contribution originale, Alain Accardo, universitaire, Antoine Blanca, diplomate, Jean-Paul Ducos, professeur de mathématiques et arabisant, Claude Olivéri, agrégé de lettres classiques et Charles Géronimi, neuropsychiatre.
Regards
croisés sur une réalité complexe et dramatique, mais aussi matériau
de premier ordre pour une Histoire qui reste à écrire. |
Il y eut un temps, sous la IIIième République, où, lorsque l'on parlait d'un Algérien, on voulait dire ce qu'on appellera plus tard un Français d'Algérie, ou, familièrement, un pied-noir. Ces pieds-noirs étaient issus de France, d'Espagne et de Malte. Le gouvernement de la Défense nationale, en 1870, y avait agrégé les juifs « indigènes », qui bénéficièrent de ce cadeau quelque peu empoisonné.
Le FLN, officiellement, ne cessa de dire qu'il tenait les pieds-noirs pour de futurs citoyens algériens. Il publia même (en 1961, si je ne me trompe), en plaquette, une anthologie d'écrivains algériens, y compris le défunt Albert Camus. Elle s'appelait, précisément, « Tous Algériens ». La logique coloniale et la logique nationale l'ont finalement emporté. En peu de mois l'immense majorité des Français d'Algérie évacuèrent le pays. Nombre d'entre eux, par exemple Jacques Roseau, décrivirent ensuite une Algérie imaginaire où tous, musulmans, juifs et chrétiens, vivaient dans l'entente la plus cordiale. Seuls les agitateurs du FLN et la perfidie du général de Gaulle avaient mis un terme à cette idylle. D'autres se consolaient de l'effondrement de ce rêve en attribuant la responsabilité de la catastrophe à la seule OAS.
Quand disparut la perspective d'une lutte commune entre le prolétariat « européen » et le prolétariat « arabe » ? Je suis tenté de répondre comme Annie Rey-GoIdzeiguer dans un livre intitulé « Aux origines de la guerre d'Algérie » (la Découverte) : lors de l'insurrection avortée de Sétif et des massacres qui s'ensuivirent dans le Nord-Constantinois. Massacres contre massacres. Cela se passait en mai 1945, pendant que se célébrait la victoire sur le nazisme. Albert Camus, dans « Combat », fut un des rares à mesurer la portée de l'événement. Ainsi disparut cette « zone de contact », comme dit Annie Rey-Goidzeiguer, qui aurait pu permettre une évolution pacifique vers l'inéluctable indépendance.
Mais ceux qui vivaient cette solidarité ne disparurent pas du même coup. Minoritaires du côté « arabe », comme Aziz Kessous, ami de Camus, ils étaient aussi très minoritaires du côté pieds-noirs. Certains étaient communistes comme Fernand Iveton, qui fut guillotiné, ou Maurice Audin, qui fut étranglé alors qu'il était détenu par les paras. D'autres étaient chrétiens comme l'abbé Barthez ou Mgr Duval, qui se voyait affublé du sobriquet de Mohamed Duval. Jean-Luc Einaudi s'est attaché à faire revivre quelques-unes de ces figures, dont celle de l'institutrice communiste Lisette Vincent. Il raconte la vie dans « Un rêve algérien », que les PUF viennent de rééditer avec une superbe préface de Mohammed Harbi. Jean Sprecher dans un livre récent («A contre-courant. Etudiants libéraux et progressistes Alger, 1954-1962 », Editions Bouchène.), retrace à la fois son propre itinéraire, celui d'un jeune professeur qui fut à Alger l'élève d'André Mandouze, et celui d'un groupe d'étudiants libéraux (pas au sens d'Alain Madelin) qui réussit à obtenir, pendant la guerre, jusqu'à un à un tiers des voix des étudiants de la faculté des lettres d'Alger contre les Lagaillarde et Suzini. Ils étaient, comme le dit l'un d'entre eux, « entre Fanon et Camus ».
Je dois cependant l'avouer : le plus beau de tous ces livres, celui qui m'a le plus touché, est le « Journal de prison 1956-1962 » de Daniel Timsit. L'homme est extraordinaire.
…. (voir page Récits de la longue patience)
Pierre VIDAL-NAQUET