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Auteur : |
Abdelmalek
Sayad |
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Titre : |
Histoire et recherche identitaire Un texte inédit du sociologue Abdelmalek Sayad, récemment disparu, suivi d’un entretien avec Hassan Arfaoui, rédacteur en chef de la revue Mars |
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ISBN : |
2-912946-59-X |
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Prix : |
12
€. 112 pages |
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. Dans cet entretien d’une extraordinaire densité, A. Sayad évoque la nécessaire reconstruction de l’identité nationale algérienne, forgée jusqu’ici exclusivement contre le colonialisme.
La sortie de cette impasse implique la construction de l’histoire, « l’histoire au service de la recherche identitaire. » : « l’aliénation coloniale à laquelle la décolonisation n’a pu mettre fin, jointe à l’aliénation post-coloniale qui lui a succédé … ont fait de la sorte qu’il n’est d’histoire de l’Algérie qu’une histoire mutilée…Renouer les fils de l’histoire, restaurer la continuité de cette histoire, ce n’est pas simplement une nécessité d’ordre intellectuel ; c’est, aujourd’hui, une nécessité d’ordre éthique en ce qu’elle a sa répercussion sur tous les actes de la vie quotidienne de chacun d’entre nous, sur toutes les représentations qu’on se donne de nous-mêmes, de notre position au sein de la société dont nous sommes - ou serions - les émigrés… » |
Ce n’est pas sans plaisir que le lecteur retrouve Abdelmalek Sayad dans un texte d’une quarantaine de pages et un entretien datant de 1996, en funambule de l’écriture et de la pensée, dont la prose, toute en circonvolutions savantes et pourtant légères, se déploie sans aucune ostentation à la différence de bien des textes assénés parfois par la recherche.
L’Histoire, le besoin d’histoire est au cœur de toute recherche identitaire qui conduit à interroger les origines pour rendre le présent plus intelligible. Parce que l’Histoire n’est pas une connaissance ex nihilo, une oeuvre scientifique stricto sensu, mais aussi objet politique, A. Sayad montre ici les conditions sociales de constitution des discours historiques tant sur l’émigration-immigration que sur l’Algérie coloniale et post-coloniale. «Nous souffrons et notre histoire souffre d’une extrême pauvreté et d’une grave indigence” écrivait l’auteur devant l’exclusion, par les histoires officielles soumises à la pensée d’État, des populations émigrées-immigrées d’une part et des mouvements migratoires qui ont mis en relation deux sociétés d’autre part. De ce point de vue, émigration et immigration ne manquent pas d’apparaître comme de véritables “hérésies” et malgré tous les beaux discours, laissent toujours planer un “air de suspicion”.
“L’immigration
est dans son actualité une réalité interdite d’Histoire” et cette
“réduction déplorable” lèse d’abord les émigrés-immigrés “Renouer
les fils de l’histoire [...] ce n’est pas simplement une
nécessité d’ordre intellectuel; c’est aujourd’hui une exigence d’ordre
éthique ou ce qu’elle a sa répercussion sur tous les actes de la vie
quotidienne de chacun de nous, sur toutes les représentations que nous nous
donnons de nous-mêmes [...]. C’est une exigence qui conditionne l’intégrité
de notre être, la cohérence de notre système de relation avec
nous-mêmes, c’est-à-dire avec nos semblables ou nos homologues [...],
avec ceux dont nous avons été séparés par le fait de l’immigration [...]
et, pour finir avec nos contemporains du même lieu, la société d’immigration”.
A. Sayad ajoute à toutes ces raisons «les effets qui résultent des mutilations imprimées à l’histoire de l’Algérie”. Brossant les contours de l’histoire coloniale et postcoloniale, il montre comment chacune d’elles, « pour des raisons homologues », procède «à une véritable occultation”. A. Sayad invite notamment les Algériens à poser “un regard neuf” sur ce passé, à assumer “cette ‘parenthèse honteuse’ dont l’Algérie est pourtant, ou partie, le produit”. L’enjeu est d’importance, car, pour une société, avoir de l’histoire (ou avoir une histoire), [...] c’est faire son histoire an se donnant le maximum d’assurances qu’il faut pour maîtriser le présent et, à partir de là, concevoir et réaliser un futur qui soit oeuvre de l’Histoire”. Ainsi, l’Histoire ne se résume pas aux seuls résultats du travail des historiens.
Dans l’entretien qui suit, mené avec Hassan Arfaoui, A. Sayad revient sur la pensée sociologique, ses années de formation, sa rencontre et son travail avec Pierre
Bourdieu, la guerre de libération, les premières recherches en Algérie et la prise de conscience que“le savoir sociologique peut servir an pratique”. Ainsi, la ‘faillite la plus grave” du nationalisme algérien serait de ne rien avoir fait pour l’éducation du peuple.
«I]Algérie ne guéri ra jamais de la situation actuelle, ni elle ne fait pas un travail de réévaluation intégrale de son nationalisme”, écrivait-il. Propos visionnaires et un brin tabous, aujourd’hui encore.
Mustapha
Harzoune
Directeur de recherche au CNRS (Centre de sociologie européenne, Ecole des Hautes Etudes en Sciences sociales, Paris). Il a publié Le déracinement, la crise de l’agriculture traditionnelle en Algérie, avec Pierre Bourdieu, (1964) ; l’immigration ou les paradoxes de l’altérité (1991) ; un Nanterre algérien, terre des bidonvilles (E. Dupuy, collab. 1995) ; La double Absence. Des illusions de l’émigré aux souffrances de l’immigré (1999) et de nombreux articles parus notamment dans Actes de la recherche en sciences sociales et Peuples méditerranéens.
Avant sa mort, il a confié à P. Bourdieu le soin de réunir, ordonner et publier ses dernières notes.
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