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Hommage à Charles-Robert Ageron

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Hommage à Charles-Robert Ageron 

 

 

Sommaire de la page

Le gouvernement du général Berthezène à Alger en 1831

De « l’Algérie française » à l’Algérie algérienne 

Les Algériens musulmans et la France (1871-1919)

Revue de presse    

 

 

 

  

   

Un hommage rendu à un historien dont l'œuvre considérable

mérite une plus grande diffusion

des deux côtés de la Méditerranée

 

Auteur :

Charles-Robert Ageron

Titre :

Le gouvernement du général Berthezène à Alger en 1831  

Thèse complémentaire inédite de Charles-Robert Ageron qui resitue, à l'aide de documents d'archives, le gouvernement du général Berthezène à Alger en 1831 dans ses véritables perspectives historiques.

Collection :

Bibliothèque d’histoire du Maghreb

ISBN :

2-912946-50-6

  Prix :

1 vol. 25€. 16x24 cm. 272 pages

 

 

Car ce ne fut pas tant à la colonisation qu'il s'en prit 

qu'aux «violences matérielles ou morales», aux «fraudes», 

aux «humiliations» imposées aux indigènes, 

à «la passion du lucre qui obscurcit la raison», 

à «nos airs méprisants, à nos dédains, à nos vexations de tous les instants». 

 

Que les anciens colonisés reconnaissent dans ces traits le «colonialisme» dont ils ont souffert va de soi. 

Mais l'historien n'en peut déduire que ce général était «prévenu contre toute idée

 de colonisation» .

 

Cependant l'ensemble de sa politique et de son administration témoigne de sa «volonté de mettre frein 

aux spoliations exercées sur les propriétés, 

aux vexations auxquelles les indigènes étaient en proie et 

à une foule d'abus qui étaient passés en forme de choses légales» . 

 

Comment ne l'a-t-on pas reconnu plus tôt?

Que cette politique eût permis de rendre confiance aux Musulmans, il suffit pour s'en convaincre de lire les pétitions des notables d'Alger. 

Partout on y entend les mêmes cris: 

«Respectez la foi jurée et donnez à tous une même justice». 

On remarquera aussi que dans tous ces textes de Musulmans contemporains du général Berthezène, 

celui-ci, lorsqu'il est mentionné, est toujours jugé avec faveur, pour son humanité, sa probité, sa bonne foi. 

 

Est-ce seulement flatterie de leur part de répéter des paroles qu'ils lui avaient entendu prononcer:

«Tous les hommes de bien sont compatriotes»

 

 

 

 

Auteur :

Charles-Robert Ageron

Titre :

De «  l’Algérie française » à l’Algérie algérienne  

Recueil d'études

Collection :

Bibliothèque d’histoire du Maghreb

ISBN :

2-912946-68-9

  Prix :

2 volumes. 65€.16x24 cm. 688 et 616 pages

 

 

Cette publication rassemble en deux forts volumes un choix d'études - choix effectué par l'auteur - d'histoire de l'Algérie, 

depuis l'époque coloniale jusqu'aux accords d'Evian.

 

Certaines de ces études sont très peu connues, d'autres difficilement accessibles, l'ensemble méritait une publication restituant la cohérence et la rigueur d'un travail de recherche unique par son ampleur et par les champs d'études couverts.

 

 

 

Auteur :

Charles-Robert Ageron

Titre :

Les Algériens musulmans et la France (1871-1919) 

Réédition de la thèse publiée aux PUF en 1968

Présentation de Gilbert Meynier

Collection :

Bibliothèque d’histoire du Maghreb

ISBN :

2-912946-56-5

  Prix :

2 volumes. 65€. 16x24 cm. 704 et 624 pages

 

 

Les Algériens Musulmans et la France, thèse principale de Charles-Robert Ageron dont la réédition s'imposait, constitue, comme le dit l'historien algérien

 Mahfoud Kaddache, 

«un tableau complet de la société musulmane algérienne face aux colons et à l'administration. 

Ageron souligne les aspects administratifs de la domination coloniale, décortique tous les instruments utilisés par le pouvoir, 

insiste sur l'élimination des cadres traditionnels autochtones, leur domestication, celle de la justice musulmane, le Code de l'indigénat et les tribunaux répressifs, la dégradation de l'enseignement de la langue arabe, les tentatives de christianisation... 

 

Analyse qui révèle un tableau très noir de la situation des Musulmans 

malgré quelques tentatives d'amélioration de la gestion administrative et des projets de réformes. 

 

La question économique occupe une grande place dans l'ouvrage, le mécanisme d'appropriation — je dirai d'accaparement — légal de la terre algérienne 

et ses conséquences sur la clochardisation des fellah sont minutieusement étudiés. 

 

L'objectivité et l'impartialité dont a {ait preuve Ageron sont exemplaires, il n'y a dans cet ouvrage ni critique dogmatique, ni flagornerie. 

L'exposé des faits, la description des instruments utilisés par le pouvoir colonial, 

l'analyse froide des situations et de leurs évolutions rendent l'ouvrage véridique».

 

On pourrait étendre ce jugement à toute l'œuvre de Charles-Robert Ageron.

.

 

Revue de presse

Nouvel Observateur, semaine du 6 au 12 octobre 2005

 

Benjamin Stora a lu Charles-Robert Ageron

 

La plupart des chercheurs, universitaire ou journalistes qui ont travaillé sur la question algérienne connaissent bien désormais le nom de Charles-Robert Ageron. Avec le recul du temps, il apparaît de nos jours comme l'un des historiens les plus importants du Maghreb contemporain. En 2000, un colloque réunissant à la Sorbonne plusieurs dizaines d'historiens des quatre coins du monde a rendu hommage à l'érudition, à l'esprit méthodique, à l'obstination de ce chercheur infatigable. La plupart des intervenants ont rappelé l'ampleur de son oeuvre avec, au centre, sa monumentale « Histoire de l'Algérie ». Les Éditions Bouchère publient aujourd'hui en cinq volumes la totalité de ses écrits.

Mais lorsque j'ai rencontré Charles-Robert Ageron en 1975, au moment où, jeune étudiant, je cherchais un directeur de thèse, ce professeur était bien isolé dans le monde universitaire. Il était alors sous le feu croisé des partisans d'un tiers-mondisme pur et dur qui lui reprochaient de ne pas suffisamment "s'engager" idéologiquement, et des partisans de "l'Algérie française" qui ne lui pardonnaient pas ses positions « libérales » pendant le conflit algérien. L'historien n'avait pas alors la possibilité de diriger un DEA, et nous étions, Guy Pervillé et moi-même, les seuls étudiants en thèse sous sa direction. Le préfacier des œuvres d'Ageron, Gilbert Meynier, reconnaît le poids des attaques injustes qu'il dut subir. Charles-Robert Ageron m'encouragea à sortir de la gangue des idéologies pour aller aux faits, bref, m'apprit le métier d'historien. 

J'ai soutenu ma thèse en 1978 et nous avons travaillé ensemble (ainsi que Mohammed Harbi) sur les « Mémoires » de Messali Hadj, alors personnage "maudit" du nationalisme algérien. 

Quand j'ai soutenu grâce à lui ma thèse d'État en 1991 sur l'immigration algérienne en France, Ageron avait pris sa retraite dans le silence du monde universitaire. On a la chance de prendre maintenant connaissance de l'ensemble de œuvre de ce grand historien qui a ouvert les chantiers essentiels de l'histoire de l'Algérie contemporaine, et montré qu'il est possible de parler de ce pays autrement qu'aveuglé par la passion.

 

Œuvres complètes, par Charles-Robert Ageron en 5 volumes, Éditions Bouchère, 65 € le volume

 

 

Esprit - Repères

 

La publication des oeuvres de Charles-Robert Ageron, doyen des his­toriens de l’Algérie coloniale, aux éditions Bouchène, dont il faut saluer le travail, constitue une entreprise essen­tielle pour la connaissance et la com­préhension de cette colonie. Le lecteur dispose désormais de sa thèse d’État, les Algériens musulmans et la France 1871-1919, publiée en deux volumes et sa thèse complémentaire inédite, le Gouvernement du général Berthezène à Alger en 1831. Nous voudrions insister sur deux volumes rassemblant tous les articles publiés par Charles-Robert Ageron, De l’Algérie «française » à l’Algérie algérienne et Genèse de l’Al­gérie algérienne. Ils montrent l’étendue des savoirs, la diversité des sujets abordés qui empruntent à l’histoire politique surtout, mais aussi à l’histoire sociale, économique et à la démographie historique, le classicisme de la méthode qui tient les sciences sociales à distance comme de nombreux savants de sa génération (C-R. Ageron. De l’Algérie « française » à l’Algérie algérienne et Genèse de l’Algérie algérienne. op. cit., 623 p. et 685 p.). Charles-Robert Ageron cherche d’abord à établir les faits avec le plus d’exactitude et de vérité en utilisant le matériau de l’historien par excellence, l’archive écrite. Retenons parmi ces nombreux textes, deux articles qui éclairent par leur savoir les débats actuels. Le premier est en rapport avec la violence coloniale et la périodisation de la guerre: l’insurrection du 20 août 1955 dans le Constan­tinois (C.-R. Ageron. Genèse de l’Algérie algérienne, op. cit., p . 535-553.). Alors que la guerre commencée depuis la Toussaint 1954 piétinait, les chefs de la wilaya Il décidèrent de mobiliser la paysannerie de cette région en la poussant à attaquer les Européens, parmi lesquels il y eut 123 morts. La répression fut terrible, sans qu’il soit possible d’en donner une estimation. La guerre sainte fut l’outil de mobilisation des fellahs misérables du nord-constantinois. Le 20 août 1955 radicalisa les deux communautés, les Européens virent dans les émeutiers des fanatiques et la répression militaire fit basculer la population du côté du FLN. Les chefs de la wilaya II avaient réussi leur opération : le; sang versé séparait Européens et Algériens et la guerre d’Algérie changeait de vitesse :

Pour la France comme pour les militants nationalistes algériens, la Révolution annoncée le 1er novembre devenait la guerre d’Algérie (Ibid., p. 535.).

 

Le second article est en rapport avec les harkis (Ibid., p. 664-667.). En cinq pages, Age­ron tord le cou aux contrevérités, aux chiffres trafiqués sur les questions des harkis, ces supplétifs de l’armée fran­çaise qui auraient été, selon le mythe en vigueur, lâchement abandonnés par la France au génocide perpétré contre eux par le FLN. Ageron montre que :

1.       ni le gouvernement, ni l’armée n’abandonnèrent les harkis: le ministre des Armées, Pierre Messnier, proposa aux harkis le 8 mars 1962: Le choix entre un engagement dans l’armée et le retour à la vie civile avec primes de licenciement. Or, 21 000 supplétifs sur les 40 000 que comptait l’armée à ce moment-là demandèrent leur licenciement.

2.      la France accueillit les harkis, cer­tainement mal, mais les accueillit. 14 000 harkis partirent pour la France, fin juillet 1962. Pompidou estima nécessaire, le 19 septembre 1962: d’assurer le transfert en France des anciens supplétifs qui sont actuellement en Algérie et qui sont venus chercher refuge auprès des forces françaises. 25 000 à 27 000 harkis furent accueillis officiellement entre juin 1962 et juillet 1963. Au recensement de 1968, 85 000 anciens supplétifs et membres de leur famille confirmèrent leur nationalité française;

3.       le chiffre de 100 000 harkis mas­sacrés « relève de la légende noire ». Il faut en rester à l’évaluation de 10 000 annoncée par l’ambassadeur Jean-Marcel Jeanneney. Et de poser la question: « Est-ce là une page honteuse de notre histoire ? »

 

J.-P. Peyroulou, in Esprit, octobre 2005  

 

 

Le Soir d'Algérie - 2 juillet 2005

 

 


Culture : LITTÉRATURE
RÉÉDITION D’OUVRAGES DE L’HISTORIEN CHARLES ROBERT AGERON

En hommage à l’historien Charles Robert Ageron, les éditions Bouchène viennent de faire paraître cinq volumes traitant de la colonisation française en Algérie, De l’Algérie française à l’Algérie algérienne réunis en deux volumes, un choix d’études portant sur l’histoire de l’Algérie s’étalant de l’époque coloniale aux accords d’Evian.

Le gouvernement du général Berthezène à Alger en 1831 : cet ouvrage est une thèse complémentaire inédite de l’auteur, qui, prenant pour matériaux les documents d’archives, met en lumière la posture de ce général, qui, sans s’en prendre à la colonisation, a cependant réagi aux violences générées par ce système. Les Algériens musulmans et la France 1871-1919 : il s’agit là de la réédition des travaux de l’auteur relatifs à la domination coloniale examinée sous ses aspects administratifs et politiques. L’auteur y dissèque tous les instruments utilisés par le pouvoir colonial pour l’élimination des cadres “autochtones”, leur domestication, celle de la justice musulmane; le code de l’indigénat, de la dégradation voulue de l’enseignement de la langue arabe et enfin des tentatives de christianisation. Au plan économique, Ageron développe sur les mécanismes de confiscation et d’accaparement des terres. En ces temps de glorification par certains nostalgiques du système colonial français, l’édition ou la réédition de ces ouvrages ne pouvait être plus opportune.

Pour rappel, le champ éditorial des éditions Bouchène, dirigées par leur fondateur Abderrahmane Bouchène, couvre les travaux de recherche en histoire, en anthropologie culturelle, la réédition d’ouvrages de référence et des fictions et témoignages sur les périodes récentes.

Abderrahmane Bouchène qui avait ouvert sa maison d’édition en 1987 à Alger a dû, en 1994, s’exiler en France où il continua malgré tout à mener son projet éditorial à terme.

K. Baba Ahmed, bureau du Soirà Paris

 

Jeune Afrique/L’Intelligent, 8 janvier 2006

 

Il était une fois l’Algérie

 

Considéré à juste titre, des deux côtés de la Méditerranée, comme le plus grand historien de l’Algérie pendant la période coloniale entre 1830 et 1962, guerre d’indépendance incluse donc, l’historien français Charles-Robert Ageron a écrit à la fois des ouvrages majeurs et plusieurs centaines d’articles scientifiques qui font toujours autorité. Grâce à cette publication de ses « œuvres complètes » (quasi complètes pour être exact), alors même qu’encore vivant il a disparu de la scène universitaire et intellectuelle en raison d’une douloureuse maladie, on a enfin accès à la totalité de ses apports à l’histoire d’un pays dont le parcours de la sujétion vers l’indépendance a été pour le moins tumultueux et fait encore débat sur bien des points.

 

Des apports précieux et précis - l’auteur, sans appartenir à aucune école, se voulait positiviste, attaché avant tout à l’établissement des faits - qui étaient en grande partie difficiles d’accès, comme sa thèse magistrale sur Les Algériens musulmans et la France de 1871 à 1919 (un ouvrage à « l’objectivité et l’impartialité exemplaires », écrivait le grand historien algérien Mahfoud Kaddache) et nombreux travaux publiés de façon dispersée dans des revues plus ou moins disponibles. Ou qui étaient même encore inédits, comme son long texte sur Le Gouvernement du général Berthezène à Alger (1831), jamais édité.

 

Le plus étonnant, une performance qui mérite d’être appréciée à sa juste valeur, est que ce travail de réédition salutaire a été réalisé par un éditeur non pas français mais algérien. Abderrahmane Bouchène, remarquons-le, est un récidiviste : c’est déjà lui qui avait redonné vie en 2001 à une grande partie de l’œuvre de Jacques Berque devenue introuvable.

 

RENAUD DE ROCHEBRUNE