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Alger, chronique urbaine

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Alger, El Djezaïr, chronique urbaine, Jean-Jacques Deluz

 

L’ouvrage

Le sommaire

L’auteur

La revue de presse

   Le Monde des livres – 8 février 2002

   Libération – 7 mars 2002

   Qantara, N°42 / Hiver 2001 - 2002

   El Watan, 5 juin 2002

 

L’ouvrage

 

Auteur :

Jean-Jacques Deluz

Titre :

Alger, El Djezaïr

Résumé :

Chronique urbaine

« Cet ouvrage a été rédigé entre février 1999 et avril 2000. Je l’ai écrit dans l’ordre même des chapitres en suivant le chemin sinueux de mes souvenirs tels qu’ils s’inscrivent dans la géographie de la ville. Il commence en découvrant la Casbah, il finit dans la Casbah, cœur (au sens physiologique du terme) d’El Djezaïr, d’Alger

Les grilles de lecture s’inscrivent dans plusieurs plans : ma vie à Alger, ma vie d’architecte et les réflexions qui l’ont accompagnée, sur le plan de ma pratique professionnelle, sur le plan des théories de l’architecture et de son enseignement, et Alger, la ville comme je l’ai vue, ce qu’elle est, ce que les architectes et les urbanistes ont voulu en faire ; en accompagnement, les rumeurs parfois étouffées de l’histoire.

Alger est ma ville d’adoption. C’est celle que j’aime et que je connais plus que toutes les autres. Elle a été ma vie, avec les amertumes et les bonheurs qui en font le sel. »

J.-J. Deluz

ISBN :

2-912946-26-3

Prix :

53,40 €. 24x23 cm. 240 pages.

 

Le sommaire

 

Introduction

1.      Alger sur mer

2.      Dar El Beida

3.      la rue Shakespeare

4.      de la Concorde aux carrières Jaubert

5.      La place du Corsaire

6.      les Arcades

7.      Le Beau Fraisier

8.      En Front de mer

 

 

9.      Route de Kaddous

10.  Le Ravin de la Femme sauvage

11.  Des Martyrs aux Tagarins

12.  Rue Didouche Mourad

13.  De Khemisti à la rue de Tanger

14.  Rue des Bananiers

15.  Bab El Oued

16.  El Biar

17.  Boulevard du Télemly

18.  Bord El Kifan

19.  Le Frais Vallon

20.  El Harrach

21.  De la villa Mahieddine au quartier d’El Aguiba

 

  22.  De Saïd Hamdine à Bab Ezzouar

23.  Les Dunes

24.  Du Chenoua à Aïn Taya

25.  El Djezaïr

26.  Sidi Abdallah

27.  El Bahdja

Post face

 

 

L’auteur

 

Je suis né à Lausanne en 1930, un 8 avril, sous le signe du bélier

Arrivé au monde avec une jaunisse,

J’ai fait peur à ma mère ; ensuite, j’ai été un joli petit garçon insupportable.

Au collège, je marchais sur les mains et faisais des sauts périlleux ;

Au gymnase, je découvre les

Symbolistes et récite Mallarmé, Laforgue et Corbière.

Hésitant entre les mathématiques et l’architecture, je choisis celle-ci.

A l’école d’architecture, Alvar Aalto fait une conférence que je n’oublierai pas.

1953 : année de stage à Paris, j’y suis un inlassable piéton, un habitué de la Cinémathèque. Je

Rencontre le Péruvien Rodolfo Milla qui me fait connaître le surréalisme.

Je passe mon diplôme en janvier 1956 sous la direction de Jean

Tschumy, et je débarque à Alger qui restera, envers et contre tout mon port

D’attache. Je collabore au bureau d’architectes Daure et Béri, je découvre Pouillon, puis je me forme à l’urbanisme à l’Agence du Plan d’Alger avec Gérald Hanning, auquel je succède en 1959.

1962 : l’indépendance. 1963 : j’ouvre mon bureau d’architecte et je m’établis rue des bananiers ;

Naissance de mon fils.

Je rencontre Jean-Marie Boëglin, le théâtre et la politique. De 1964 à 1988, J’enseigne l’architecture. L’urbanisme et l’architecture d’Alger paraît en 1988.

En 1970, la vénéneuse Polly Hartritt s’installe dans mes articulations.

En 1993, après une dernière visite de chantier à Constantine, je suis contraint de quitter l’Algérie.

En 1997, c’est le retour : je travaille avec le gouvernorat d’Alger et je projette la ville nouvelle de Sidi Abdellah.

Je peins lorsque l’architecture me laisse respirer : ma peinture est confidentielle, seuls quelques amis la connaissent.

Les phares qui ont éclairé ma navigation sont, parmi d’autres,

Breughel le vieux, Bosch, Carpaccio, Max Ernst, et Diderot, Jarry, Breton, et Chopin, et Murnau, Bunuel, et Aalto, Gaudi et

L’Alhambra de Grenade et le petit Trianon de Gabriel, et…

Et survivre encore, dans cette société du spectacle qu’on mythifie sous couvert de virtualité.

 

 

La revue de presse

 

– 8 février 2002

 

Formidable plongée dans Alger que cette chronique urbaine – à tous les sens du terme – d’un architecte suisse, arrivé en 1956 au pied de la Casbah et qui passera là, dans les méandres et la lumière d’El Djezaïr, quarante ans de sa vie. On entre dans ce livre, scandé de photos, de dessins et de plans, comme on part en voyage, de la rue Shakespeare au boulevard du Telemly, au ravin de la femme sauvage au quartier de Bab El Oued. On y croise l’architecte Pouillon, mais aussi l’écrivain Mouloud Mammeri et l’ancien porteur de valises Jean-Marie Boëglin. On y voit l’Algérie de Boumediène et celle, si proche, de la montée en puissance des islamistes, comme jamais on ne les avait vues.

 

Catherine Simon

 

– 7 mars 2002

 

Un relevé de la Ville blanche, toujours aussi attachante et de plus en plus dégradée

 

D’entrée, Jean-Jacques Deluz annonce son parti pris: « Alger est ma ville d'adoption. C’est celle que j’aime et que je connais plus que toutes les autres. Elle a été ma vie, avec les amertumes et les bonheurs qui en font le sel ». Ce rapport-passion de plus de quarante ans fait de Alger, chronique urbaine un livre d'architecture aussi particulier que personnel, presque austère aussi. Débarqué en 1956 dans la capitale algérienne, cet architecte suisse publia en 1988 un premier livre « Sans état d'âme ». Une décennie plus tard, il décide de le compléter par une vision plus subjective, impliquant son expérience - « j’ai fait un peu de tout à Alger, de l’enseignement, de l'urbanisme, de l'architecture » -, ses souvenirs et ses déceptions.

 

La baie - l'une des « trois plus belles du monde avec Rio et Istambul », selon l'architecte italien Moretti - y est sublime. L'arrivée par mer aussi. «C'est comme dans un film, écrit Deluz, Les passagers se regroupent le long des bastingages pour découvrir la ville promise au loin. Les détails se dessinent, la ville nous enveloppe et la lumière, les couleurs, l'incroyable mélange d'unité et de diversité nous subjuguent ». Pourtant, Alger dépérit, capitale sale, délabrée, saccagée qu'on repeint à la va-vite quand il faut faire illusion, mais qui, plus que toute autre, fascine. « La ville s'abîme car il n'y a pas de bons gestionnaires urbains et que les problèmes sociaux et démographiques dépassent les capacités de l'économie telle qu'elle est gérée », diagnostique Deluz qui insiste aussi sur « le climat d'acculturation générale crée par la période récente, douze ans d'isolement, de massacres, de jeunes coupés de tout sauf de la télévision ».

 

La dégradation n'a pourtant pas commencé avec la guerre civile de 1992. Un an après l'indépendance, en 1963, c'est le vide. « Il y a un seul architecte algérien et une vingtaine d'architectes français qui, pour la plupart, partirent dans les deux ans qui suivirent », raconte Deluz. La machine étatique soutenue par la prospérité pétrolière s'orienta vers le modèle socialiste d'industrialisation et d'urbanisation. C'est le temps de l’opération « carcasses » où l'on construit dans la couronne d'Alger des bâtiments en panneaux préfabriqués rangés comme des boîtes, alignés sans la moindre fantaisie. Des no man's land dans lesquels on se perd dans un ennui écrasant, « à l'inverse des médinas où on se perd, mais on se retrouve ».

 

Une conscience très faible du patrimoine ottoman fait, par ailleurs, que les monuments historiques sont pratiquement restés dans l’état où ils étaient à l’Indépendance et qu’on a laissé n’importe qui habiter et transformer (souvent détruire) les biens culturels les plus précieux. Trente ans d'urbanisme naviguant au gré de décisions politiques contradictoires et incertaines (protéger les terres agricoles/construire sur la Mitidja, bloquer la croissance urbaine/la prendre en compte, conserver la Casbah/la détruire) ont fait le reste. La ville ancienne (la Casbah, Bab-el-Oued et la ville coloniale) n'est plus en fait aujourd'hui qu'une petite partie « un peu momifiée » d'une cité devenue une périphérie faite de constructions hétéroclites, monotones et miséreuses « qui pèse très lourdement sur la gestion urbaine et où la vie s'établit vaille que vaille »

 

La guerre civile a aggravé le phénomène quand des milliers de personnes ont déserté des campagnes pour s'entasser dans les périphéries des grandes villes, « Tout ce qui est du domaine de la planification sociale ou économique se casse la gueule dans ce pays où aucune règle, aucun projet planifié ne tient le coup face aux aléas politiques, aux décisions du moment et aux besoins du pouvoir. », remarque Deluz qui a vécu dix fois cette situation, et très récemment après les inondations qui ont dévasté Bab-el-Oued et tué près de 800 personnes. Après cette tragédie, 400 logements de trois pièces de la ville nouvelle de Sidi Abdallah, conçue par Deluz à la demande du gouvernorat d'Alger à partir de 1997, ont vu leur destination changer du tout au tout « Destinés aux classes moyennes, ils sont utilisés pour loger des sinistrés. C’est peut-être bien, mais on passe son temps à faire face à des besoins conjoncturels et aux besoins politiques des autorités. » Peut-on créer des «villes nouvelles » dans un pays où la moitié de la population vit en dessous du seuil de pauvreté et où l'habitat précaire devient la norme ? « Compte tenu de l'ampleur du problème, les opérations de réhabilitation qui peuvent être faites dans les périphéries son toujours ponctuelles et sans lendemain, même si on doit les faire, estime Deluz. Si on ne trouve pas des modes d'aménagement et de planification au niveau de tout le territoire pour créer des emplois et fixer les populations, .on piétine au niveau local, mais c'est une solution à long terme, alors que les problèmes d’un quartier qui se dégrade et où se développent des conditions de mal vie, c'est à court terme... »

 

En attendant, Deluz entend décorer les entrées des immeubles de sa « ville nouvelle » par des panneaux de mosaïque ayant pour thème « Les mille et une nuits ». Pour la « résonance culturelle avec les gens » et avoir « dans le quotidien un peu de plaisir».

 

José Garçon

 

 

Qantara, N°42 / Hiver 2001 - 2002

 

Jean-Jacques Deluz, Alger, chronique urbaine

 

Ce livre est inclassable : foisonnant, riche, tirant sa matière d’Alger avec sa topographie, ses bâtiments, sa Casbah, son histoire, mais également et surtout de l'auteur qui y transporte sa mémoire et ses souvenirs de la ville où il débarque en 1936 pour en faire son port d'attache jusqu'en 1993 date à laquelle il fut contraint de partir.

 

Deluz avait travaillé à l’Agence du Plan d’Alger avant d'ouvrir son bureau d'architecte en 1963, c'est dire s'il connaît chaque recoin de la ville, l'ombre de chaque maison.

 

Rédigé entre 1999 et 2000, le texte est une magnifique promenade qui nous mène au travers des rues et des souvenirs sinueux de l'auteur à qui rien n'échappe du paysage urbain. Au passage, on rencontrera toutes les grandes questions que se sont posées l'architecture et l'urbanisme au cours du XXe siècle.

Editions Bouchêne, 2001,

 

El Watan, 5 juin 2002

 

JEAN-JACQUES DELUZ, Alger en scope et en hauteurs

 

Le livre que publie Bouchène est un passionnant plaidoyer pour Alger, qui en a vu de toutes les couleurs c’est le récit d’un architecte suisse et algérois pur jus, Inventif et énergique, chroniqueur chaleureux et optimiste fasciné par Alger dont il écrit d’abord ceci : «Alger est ma ville d’adoption c’est celle que j’aime et je connais plus que toutes les autres. Elle a été me vie, avec les amertumes et les bonheurs qui en font le sel.» J. J. Deluz met beaucoup de cœur et d’amour pour rendre un vrai hommage à sa ville d’adoption où il a débarqué en 1956 juste après avoir obtenu son diplôme. Il se forme à l’urbanisme à l’Agence du Plan d’Alger et ouvre son propre cabinet d’architecture après l’indépendance. De 1993 à 1997, il est poussé hors du pays par les hordes islamistes comme beaucoup d’autres. Et quand il y revient, se carrière d’architecte et de peintre (confidentiel) repart de nouveau.

 

Alger panoramique

 

Ce qui est passionnant dans cet ouvrage, c’est que l’auteur parle de l’urbanisme et de l’architecture d’Alger tout en racontant se vie, en parcourant les quartiers de la ville blanche, en donnant des détails inédits sur chaque coin de rue qu’on croyait si bien connaître. On voit l’histoire de la construction d’Alger en scope et en hauteurs, quartier par quartier, on voit toute la grande ville en mouvement, en perpétuel devenir (il n’est pas encore né le bâtisseur qui dira qu’il a mis un point final à l’évolution d’Alger). Quand on arrive en bateau dans la rade, scène grandiose maintes fois décrite et filmée, ce qu’on voit, c’est la façade coloniale d’Alger. Par avion, ce sont les collines verdoyantes et les sites industriels. Dans son livre, Deluz montre comment l’urbanisme (pas toujours joyeux) grignote tous ces sites, ces forêts, ces bords de mer, ces rivières. L’architecte observe attentivement tout ça avec un regard multiple. Un regard de proximité, très proche des gens et de leur environnement : le voisinage de sa cité avant qu’il ne déménage (après avoir été cambriolé !), les petites maisons, les intérieurs, les patios et même les couloirs et les chambres. Par ailleurs, dans les quartiers qu’il aime comme La Madrague, il est évidemment question des restos de poisson... Un regard englobant ; cela permet à l’auteur de dégager les grands axes,  les grandes structures d’Alger, les axes de communication qui ne datent pas d’aujourd’hui. C’est passionnant. Tout d’un coup on découvre l’armature fantastique d’Alger qui est tout sauf chaotique comme on le pense souvent à tort. Deluz rappelle que jadis, la rue Didouche était un chemin de mules, que la Moutonnière était le chemin des moutons, que le marché d’El Harrach a, depuis des siècles, été un marché à bestiaux.

 

Grandiose et  pathétique

 

Le rôle de l’architecte dans tout ça n’est pas toujours très drôle. Il est à la fois grandiose et pathétique, comme le souligne Deluz. Grandiose, car d’un seul trait de crayon, l’architecte peut sortir une cité de terre, avec des milliers de personnes qui vont habiter dedans. D’un trait de plume, il peut décider de la vie de tous ces gens. Du temps de la colonisation, on faisait des cités pour riches et des cités pour pauvres. Après l’indépendance, toutes les cités ont tendance à être vouées à la pauvreté, même si le projet initial est souvent diamétralement différent. C’est ça le côté pathétique de la fonction de l’architecte et de l’urbaniste quand ils sont bloqués par les bureaucrates et qu’ils ne peuvent pas aller au bout de leur idée initiale. Le résultat, en effet, est rarement à la hauteur de l’imagination.

 

Par Azzedîne Mabroukî

 

 

 

Paru dans une « revue d’historiens et de pieds-noirs de gauche »

 

Jean Jacques Deluz est arrivé de sa Suisse natale en 1956, pour travailler à l’agence du plan d’Alger comme architecte. Il n’a, depuis, jamais quitté sa vie d’adoption, sauf un court intervalle dans les années 1990, au plus fort des attentats terroristes. Il nous donne là ses rêveries et ses souvenirs d’un promeneur, nous emmenant avec lui au travers de la ville qu’il connaît le mieux au monde, illustrant ses propos de ses photographies et croquis d’architecte. L’écouter est une chance inestimable, car les archives de l’Agence du Plan sont perdues, celles de Jean-Jacques Deluz ont disparues, celles de la Direction de l’urbanisme ne s’entrouvrent, comme dans les Mille et Une nuits, qu’à celles ou ceux qui ont le mot de passe. Nous sommes à Alger dans une métropole internationale, mais aussi en Orient.

 

            Les chapitres de l’ouvrage s’ordonnent en itinéraire, de la Concorde aux Carrières Jaubert, de la Place du Corsaire aux Arcades, au Beau Fraisier, au Front de Mer, au Ravin de la Femme sauvage, aux Tagarins, de Bab El Oued à El Biar par le Boulevard du Télemly, et bien ailleurs encore. L’auteur, urbaniste de renom qui a couru le monde, conte à l’arabe, digresse, divague, enchaînant ses propos au gré du paysage et de l’humeur du temps.

 

            Mais prenez garde. Sa mémoire est redoutable, son regard acéré, ses récits des informations précises, nourries d’érudition et de technicité ? C’est toute l’histoire de la ville d’Alger et de ses extensions, de ses populations disparates, des hommes qui l’ont gouvernée, des organismes qui se sont succédés, de l’Agence du Plan au Gouvernorat du Grand Alger. Dans la tradition des grands architectes qui fut celle du Corbusier, Jean-Jacques Deluz parle avec des mots simples et ne se donne pas pour un savant. Il n’a pas voulu que figure un index. Le lecteur, sous le charme, n’en éprouvera pas le besoin. L’historien, le géographe urbain, le sociologue, construiront chacun le sien.

 

Jean-Louis PLANCHE