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Auteur : |
Eugène
Vayssettes |
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Titre : |
Histoire
de Constantine sous la domination turque 1514-1837 |
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Collection : |
Bibliothèque d’histoire de la Méditerranée |
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Préface : |
Ouarda Tengour |
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ISBN : |
2-912946-49-2 |
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Prix : |
23
€. 16x24 cm. 262 pages |
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La réflexion que tente Vayssettes est intimement liée au processus de mise en place des institutions qui doivent assurer la domination française. A priori, c’est un regard désintéressé qui est posé sur le passé de l’Algérie. Mais à un moment où l’occupation n’est pas encore achevée et où l’expérience des Bureaux Arabes se heurte autant à l’improvisation empirique d’officiers qu’à l’opposition des colons, l’entreprise savante est étroitement imbriquée à la « situation coloniale ». On l’aura compris, il s’agit d’abord d’un travail d’histoire coloniale classique conforme à l’idéal d’expansion. Mais la contribution de Vayssettes est originale dans la mesure où il n’appartient pas aux cercles militaires qui dominent encore la production des savoirs en Algérie. De
ce fait, sans être détaché complètement des urgences politiques du
moment, il entend répondre à une question simple mais essentielle pour
l’avenir : comment « les Turcs, avec une poignée d’hommes,
sont restés, pendant plus de trois cents ans, maîtres du pays » ?
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Autrement dit, il s’agit de saisir les modalités à l’origine du maintien de l’ordre par les Turcs. Le secret de celui-ci tient dans l’existence d’un gouvernement « choisi en dehors du pays », parmi les membres de l’Odjaq et agréé par le sultan ottoman.
Les Algériens ne sont pas tout à fait absents de ce gouvernement, auquel ils se trouvent associés par la force des choses. Les chefs des grandes configurations tribales composent le Makhzen, sans l’aide duquel les Turcs auraient été dans l’incapacité de gouverner le pays. Tout est dit dès les premières pages de l’étude qui va se polariser autour des rapports entre gouvernants et gouvernés.
C’est pourquoi, Vayssettes s’attache d’abord à éclairer le lecteur sur les principaux rouages du pouvoir central et local qui ont assuré une pérennité « aux fondateurs de cette oligarchie ». Mais il ne se contente pas d’observations contenues dans la vulgate ordinaire.
HISTOIRE
DE CONSTANTINE (1517-1837)
Chroniques
ottomanes
Grâce
aux éditions Bouchène, nous découvrons un ouvrage fort passionnant sur l’histoire
de Constantine et en même temps fort précieux parce que jusqu’à
présent inaccessible aux lecteurs algériens. C’est Histoire de
Constantine sous la domination turque (1517-1837), d’Eugène Vayssettes,
un livre jamais encore réédité depuis 1869.
Ouardia
Siari Tangour, historienne, qui a rédigé une excellente préface, nous
apprend que l’auteur est un enseignant français qui s’est installé en
1847 en Algérie, et plus particulièrement dans la cité de Constantine.
Arabisant, passionné d’histoire, Vayssettes a servi d’interprète et de
traducteur des archives officielles. Il était bien introduit dans les
grandes familles constantinoises lettrées, il a eu accès à une importante
masse d’archives privées en dehors de ce qu’il connaissait des archives
publiques. Et c’est ainsi qu’il a tenté avec beaucoup d’honnêteté
et de précision de reconstituer la chronologie de la vie beylicale de
Constantine pendant la période ottomane.
L’arrivée
des Turcs à Constantine
Les
Turcs sont arrivés à Constantine pour succéder à la dynastie hafside de
Tunis à une date qui est encore controversée - soit au début ou à la fin
du XVIe siècle. On ne sait pas quand exactement l’ordre Ottoman s’est
installé à Constantine de manière stable en raison d’une longue
période d’instabilité politique et économique marquée par des
épidémies de famine et de peste, de longues périodes de sécheresse.
Vayssettes écrit en page 68 : « En 1602-1603, la peste fait de
nouveau ravage à Constantine. A ce fléau succèdent neuf années de
sécheresse extrême qui amènent la disette et la famine dans le
pays. » Cette instabilité a entraîné des révoltes dans toute la
région de l’Est constantinois. En 1637, c’est la conflagration
générale contre les Turcs. Cette révolte est partie du Sud algérien et a
gagné Constantine et toute sa province. Avec beaucoup de difficultés, les
Ottomans parviennent à rétablir l’ordre et à installer durablement leur
domination. Au XVIIIe siècle, la stabilité retrouvée, les choses allaient
beaucoup mieux. La province de Constantine aura des deys entreprenants qui
mettront en valeur les grandes terres agricoles et l’élevage. Constantine
exportait à l’époque de très grandes quantités de blé (c’était le
grenier de l’Algérie), mais aussi du cuir, des peaux de lions et de
panthères. Constantine payait ainsi de lourds impôts au dey d’Alger - le
pouvoir central - en lui donnant d’importantes quantités de bétail, de
dattes, de beurre, d’olives, de parfums, de corail, de burnous de laine et
de chéchias. C’était le siècle d’or de Constantine, l’apogée du
pouvoir local. Salah Bey, qui a pris le pouvoir en 1771 et a régné pendant
20 ans, y a embelli sa ville qui s’est dotée de somptueux édifices, de
médersas, de mosquées comme la prestigieuse mosquée de Sidi El Kittani.
Salah Bey a aussi refait le fameux pont d’El Kantara et a introduit le
système des « norias » pour l’irrigation qui a permis la culture du
riz. Le bey de Constantine parlait couramment l’italien, son chirurgien
personnel était Napolitain. Les juifs de Constantine étaient bien traités
par Salah Bey qui leur a donné de larges terrains de construction. L’enseignement
dans les médersas était moderne (grammaire, jurisprudence, sciences) et
les professeurs bien rétribués. Les étudiants étaient pris en charge et
touchaient de bonnes bourses.
Décadence
Au
début du XIXe siècle, Constantine est entrée dans un cycle de décadence,
à cause de rivalités internes et externes ; révolutions de palais
parfois cruelles, tentatives des puissances européennes d’affaiblir le
pouvoir Ottoman. M’hamed Tchakeur Bey (1814) a régné pendant quatre ans
par la terreur et la cruauté. Le dernier bey, El Hadj Ahmed Bey, s’est
rendu en 1848 à Biskra après avoir tenté de résister aux Français.
Azzedine
Mebrouki.
Après l’obtention d’un baccalauréat à Rodez, il est nommé maître d’études en 1847 à Alger, puis rejoint Constantine en 1949 où l’attend un poste d’instituteur. Au début de l’année 54 ouvre l’école arabe française à Constantine, il en assume la direction pendant 4 ans. En 65, il abandonne complètement sa carrière d’enseignant pour se consacrer aux taches de traduction et d’interprétariat.
Il regagne alors Constantine où il vient d’être nommé interprète traducteur assermenté. Après une dizaine d’années, il se retire dans la région de Rodez, où il meurt en 1899, âgé de 73 ans.
Dès
son arrivée en Algérie, Eugène Vayssettes s’est distingué par un esprit
curieux et une grande érudition : il a laissé une œuvre très riche et
variée dont la bibliographie de Tailliart n’en a rapporté que quelques
titres. De nombreux travaux sont restés à l’état de manuscrit, comme la
relation de Mohamed El Babouri, traduite de l’arabe. Par ailleurs, il a
publié de nombreux articles sous trois pseudonymes : V Lambel, E Dorez
et E Watbled dans divers journaux comme El Akhbar, le Moniteur Universel, l’Africain
(journal des Saint Simoniens), l’Aigle, le Napoléon, le Courrier d’Oran,
l’Indépendant. L’ouvrage intitulé Souvenirs de l’armée d’Afrique
paru en 1877 à Paris et signé par E Watbled lui revient aussi (voir liste
des travaux de Eugène Vayssettes, en annexe de l’ouvrage).
A partir de 1869, Le Recueil des notices et mémoires de la société archéologique de la province de Constantine (RSAC) lance le projet d’une histoire des villes. Féraud, secrétaire de la Société archéologique, se désole que « Constantine…chef lieu de (notre) province…ne possède pas encore son histoire » (cf. L’introduction à L’histoire de Bougie, RSAC, 1869, réédité chez Bouchène, 2002). La publication de l’histoire de Constantine sous la domination turque par Vayssettes répond à ce souci premier de combler un vide dont se ressent la bibliothèque algérienne. Mais Vayssettes avait devancé l’appel de Féraud ; il avait, en effet, commencé par publier dans la Revue Africaine, une histoire des derniers Beys de Constantine, quelques années auparavant (n°14, 15, 16, 20, 21, 24, 26, 33, 35 ; la première partie de l’histoire de Constantine paraît dans le RSAC, 1867, 1868 et 1869).