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Le chant du lendemain

Escales Histoire du Maghreb Intérieurs du Maghreb Méditerranée Poésie Hors collections

 

Le chant du lendemain, Anne Leduc

   

Présentation

4ième de couverture

Des lecteurs témoignent : Gilles Perrault, Madeleine Réberioux

Documentation photographique

Les quotidiens de l'époque

Le Figaro du 23 juin 1962 

Paris Presse l'Intransigeant du 23 juin 1962

Le Monde daté du 24-25 juin 1962 

Le Monde du 11 juillet 1962

Revue de presse

Revue de Psychiatrie Française n° 149, novembre2005

 

Présentation

Auteur :

Anna Leduc

Titre :

Le chant du lendemain  

Alger 1962-1969

Collection :

Escales

ISBN :

2-912946-74-3  

Prix :

20 €. 16x24 cm. 212 p.

 

 

4ième de couverture

 

 

1962 : L’Algérie accède à l’indépendance dans la liesse, et dans l’espoir de lendemains qui chantent.

 

Un mois auparavant, Anne Leduc, étudiante en médecine, débarque à Alger par solidarité avec un peuple pour lequel elle a déjà payé le prix du sang, et dans le désir d’œuvrer, en sa qualité de médecin psychiatre, à la reconstruction d’une Algérie nouvelle.

 

Un récit qui permet de comprendre les cinq premières années de l’Algérie post-coloniale. Il mêle les pages de l’Histoire, celle d’un pays dans la mythologie révolutionnaire des années 60, à la chronique de sa vie de femme, dans ses aspects les plus ambigus : femme française, femme algérienne par le sang versé, femme épouse soumise malgré elle à la tyrannie d’un mari militant, femme émancipée et moderne, femme engagée aussi… ce texte est l’un des rares documents sur le quotidien des premières années de l’Algérie indépendante.

Dans son premier roman, Les Raisins rouges d’Algérie, paru sous le pseudonyme de Anna Berbera (Bouchene, 2000), elle se met en scène à travers le récit d’une jeune provinciale entraînée, au détour d’une manif sur la Paix en Algérie en 1957, à la solidarité, puis aux réseaux de soutien au FLN et, de plus en plus consciente de son engagement, à participer pleinement à la lutte des algériens.

 

Sa lecture du monde se fait à travers la révolte contre l'oppression d'une manière générale, et plus particulièrement la souffrance, la douleur, l'humiliation, la suppression de la liberté. Elle voit un parallèle entre les violences faites aux exclus de toutes sortes : les femmes qu'on maltraite, les militants qu'on torture, les colonisés qu'on exploite, les malades qu'on traite comme des objets.  

 

Et c'est tout naturellement qu'à la fin des « événements », son histoire se mêlera à l'Histoire et qu'elle prendra avec d'autres le chemin de ce pays qui accouche dans la douleur, pays pour lequel elle paiera le prix du sang. Là elle fera souche avec Rachid, un « héros fatigué », laissant à leurs enfants comme à tous ceux de cette génération le legs d'une paix amère de raisins verts.

 

 

Des lecteurs témoignent : Gilles Perrault, Madeleine Réberioux

 

Chère Anne Leduc,

 

On aurait pu vous appeler Justine, tant votre livre apparaît comme une version moderne des "Malheurs de la vertu". Je l'ai lu avec stupéfaction. Un romancier ou un scénariste qui aurait inventé cette histoire, on lui reprocherait d'avoir exagéré au point de perdre toute crédibilité. Lever de rideau original et spectaculaire avec cet attentat où vous avez failli laisser votre peau. Avouez que vous méritiez mieux ... Votre engagement pour le FLN, etc. Votre venue en Algérie pour aider, pour servir, etc. Une rafale de Mat 49 pour remerciements (extraordinaires, vos retrouvailles, plus tard, avec vos agresseurs ! Quel coup de théâtre !). Mais, bon, c'est la vie, c'est l'histoire, et on sait que l'une et l'autre peuvent ne pas être gracieuses. Ce qui m'a fasciné, c'est la  suite. Votre roman avec Omar. Comment vous, la rebelle par définition, avez-vous pu accepter un telle existence, le ménage à trois, les coups, les menaces ? Je n'en reviens pas. [...]

 

L'impression sur le lecteur est d'autant plus forte que vous racontez ces choses inouies dans une langue très retenue, sur le ton le plus objectif, sans colère ni acrimonie. Vous évoquez une sévère raclée comme si une mauvaise pluie vous avait gâchée la journée. Et vous repartez au boulot comme un bon petit cheval. Un boulot, entre parenthèses, dont les duretés auraient suffi à elles toutes seules à envoyer au tapis une personne normalement constituée. Où puisiez-vous cette indomptable énergie, cette vitalité increvable? Je n'en reviens pas. Cent fois, à votre place, j'aurais rendu mon tablier. J'aurais repris l'avion mille fois. Ah non ! C'est trop injuste, je ne mérite pas ça... Mais vous faites visiblement partie des gens si rares qui estiment ne pas mériter.

 

Vous m'êtes énigmatique. Comment j'aimerais pouvoir remonter le temps et rencontrer celle que vous étiez à trente ans ! J'essaierais de comprendre.

 

Etrangement, pris ma lecture, ce n'est qu'après avoir terminé le livre que j'ai regardé la quatrième de couverture. Vous étiez bien belle. Omar, à ce que je comprends, n'était pas mal non plus. J'imagine que cella a compté. Mais je m'arrête : vous me trouvez déjà frivole, je ne voudrais pas que vous me jugiez obscène. [...]

 

Le témoignage politique et sociologique est bien entendu passionnant. Votre préfacier le dit très bien. Je ne savais pas que les espérances nées de l'indépendance arrachée de haute lutte avaient été si vite saccagées. Sombre tableau, où vous mettez équitablement des taches de lumières. Tout de même, on a l'impression que le peuple algérien n'a pas eu beaucoup de chance. Ce déchaînement des passions, cet accaparement des pouvoirs et des privilèges. Vous évoquez superbement Boudiaf. Il était la chance de l'Algérie. On s'en est prestement débarrassé.

 

Votre préfacier et vous-même avez une tendance marquée à mettre ces disgrâces sur le compte du colonialisme. Elles seraient en quelque sorte son héritage. Vous avez sûrement raison pour la période que vous évoquez, mais au fur et à mesure que le temps passe, l'explication ne perd-elle pas de sa pertinence ? Bientôt deux générations depuis la fin de la guerre franco-algérienne... Je ne sais pas. Je me pose la question.

 

En tout cas après vous avoir lue, on vous aime. [...]

 

Gilles Perrault

 

Chère Anne Leduc,

 

[...] 

 

Votre livre m'a beaucoup émue, en sus de tant de souvenirs réels ou possibles, parce qu'il s'agit de votre famille, de votre mari, de votre fille.

 

L'Algérie fut certainement votre patrie d'adoption (elle l'était y compris pour ceux d'entre nous qui étions obstinément français), mais il atteste aussi la difficulté de fonder une famille en Algérie : hélas ! Pourtant votre famille existe.

 

Bravo chère Anne ! Ni dans le souvenir des anticolonialistes français, ni dans celui des Algériens, une femme comme vous ne peut être oubliée. 

 

[...]

 

Madeleine Rébérioux

 

Documentation photographique

 

  Anne Leduc juste avant son départ en Algérie en 1962

   Dans la Casbah en juin 1962

L'entrée de la villa "mauresque" à la clinique de l'Hermitage

 Anne Leduc (au centre) la clinique de l'Hermitage (devant les nouveaux batiments)  avec son équipe

 

Les quotidiens de l'époque

 

A propos de l'attentat du 22 juin 1962 qui a tué Si Mohamed et dont a été victime Anne Leduc

 

Le Figaro du 23 juin 1962 

Le Figaro parle d'un "médecin psychiatre musulman selon les uns, européen selon les autres" !

 

 

Paris Presse l'Intransigeant du 23 juin 1962

 

 

 

Le Monde daté du 24-25 juin 1962 

 

 

 

Extraits de l'article concernant l'attentat

 

" ...C'est vers midi, rampe Valée, à la limite de la Casbah et de Bab El Oued, qu'a été mitraillé une voiture où avaient pris place le capitaine Si Ali, adjoint au chef de la zone autonome d'Alger, un autre chef du FLN, Si Mohamed, , une doctoresse psychiatre et deux autres personnes. Les gardes du corps FLN ont riposté  contre le véhicule des agresseurs qui réussit toutefois à prendre la fuite. Les deux chefs du FLN et la doctoresse psychiatre auraient été blessés assez gravement.

 

Le capitaine Si Ali est un ancien étudiant en lettres de la faculté d'Alger qui prit le maquis après la grève ordonnée par l'UGEMA (Union Générale des Etudiants  Musulmans Algériens) en 1957. Deux fois blessés au combats dans les rangs de la Wilaya 4, après avoir fait partie de la mission du GPRA à Conakri avec M. Omar Oussedik, il était revenu à Alger peu de temps après le cessez-le-feu. Il a participé à plusieurs réunions avec des libéraux algérois au cours de lesquelles il a pris la parole au nom du FLN.

 

S'agit-il d'une action de commandos OAS incontrôlés, refusant de se rallier aux accords du 17 juin ? de membres du MNA ? Les responsables du FLN restent très discrets. Si Azzedine, chef de la zone autonome d'Alger, s'est abstenu de tous commentaire. Quand on connaît les services de renseignement du FLN à Alger, on ne peut que se montrer  surpris d'un tel mutisme, qui incite à envisager l'hypothèse d'un règlement de conflits internes ou personnels au sein du FLN algérois. ...

...

André Pautard"

 

Le Monde du 11 juillet 1962

 

Un article de synthèse de Jean Lacouture

Facsimilé de la page

 

 

Reproduction du paragraphe sur l'attentat 

 

"8. Liquidation de Si Mohamed à Alger

De ces luttes de squales au sein des Willayas, conduites par les émissaires de Boumedienne - sinon de Benbella, car le vice-président du GPRA n'a peut-être donné au mouvement que l'approbation accordée quatre ans plus tôt, de Colombey à des hommes qui s'appelaient Delbecque et Neuwirth - on a soudain une preuve, le 22 juin, avec l'attentat à Alger contre Si Mohamed et Si Ali, deux des chefs militaires du secteur. Le second seul survit à ses blessures. La discrétion observée par les dirigeants nationalistes en cette affaire prouve qu'il s'agit d'un conflit interne et qui prend des formes inexpiables"

 

 

Revue de presse

 

Revue de Psychiatrie Française n° 149, novembre2005

 

COMME QUOI UN BIENFAIT N’EST JAMAIS PERDU...

 

Tout a ma foi missionnaire j’ai attiré l’attention des collègues sur le très beau film de Malek Bensmail « Aliénations » qui nous rend si proches malades et soignants d’Agérie. (LLPF n0 147, septembre 2005, p. 18).

 

Ce faisant, j’aurais au moins retenu l’attention de notre confrère Anne Leduc qui, à son tour, retient la mienne en me rappelant que la psychiatrie algérienne n’est pas passée directement de l’Ecole d’Alger à l’organisation qu’a mis en œuvre le père de Bensmaïl auquel il rend hommage dans son film.

 

Il y eut la période 62-69 où vinrent travailler des psychiatres souvent militants qui hors de tout humanitarisme s’employèrent au soin, et avec succès, dans les établissements existants. Ces psychiatres rejoignaient quelques rares confrères demeurés sur place. Tous ceux-là travaillèrent au péril de leur vie, comme Anne Leduc, grièvement blessée au cours d’un attentat visant un homme politique, dans le cadre des rivalités pour le pouvoir qui plongèrent ce malheureux pays dans le chaos que l’on connaît encore.

 

C’était l’époque où bon nombre d’entre nous choisirent d’être psychiatres en raison même de ce contexte. Parce que cette spécialité échappait à ce que nous dénommions mandarinat, parce que l’intelligence des phénomènes qu’on y rencontrait nécessitait de les apprécier de façon dynamique, en tenant compte des facteurs d’environnement, des facteurs sociaux, ce qui rendait déjà caduques des conceptions localisant les choses à une « pathologie » propre au sujet, cognitivo-comportementales par exemple.

 

A cette époque Lacan et son entourage soutinrent les militants algériens, Jean Cournut vint aider nos confrères en Algérie...

 

Les enjeux n’ont pas changé, loin de là, mêmes si nous sommes maintenant bien isolés.

C’est pour cela qu’il est urgent de réintégrer cette période dans l’Histoire, tant qu’il existe peut-être encore une Histoire.

Il faut aussi que les jeunes générations, qui ne connaissent déjà plus ni Ey, ni Daumezon, ni Le Guillant, ni Bonnafé connaissent ces confrères qui furent l’honneur d’une profession et dont l’espèce pourrait bien être en voie de disparition.

Anne Leduc a publié sous le nom d’Anna Berbéra, « Les raisins rouges d’Algérie » et sous son nom «Les chants du lendemain, Alger 62-69 » aux éditions Bouchène.

 

Il est nécessaire de voir « Aliénations », bien sûr.

 

Il est non moins nécessaire de lire Anne Leduc.

 

Jean-Pierre Rumen