|
Auteur : |
Nicole
S. Serfaty |
|
Titre : |
Les courtisans juifs des
sultans marocains, XIIIe-XVIIIe siècle. Hommes politiques et
hauts dignitaires |
|
Résumé : |
L’étude retrace comment les trois dynasties successives marocaines (wattasside, saadienne et ‘alawite) ont eu régulièrement recours à des financiers, des conseillers ou des ambassadeurs juifs. Elle analyse les conditions qui ont favorisé la naissance de cette élite issue d’une communauté minoritaire en terre d’Islam. |
|
Préface : |
Haîm Zafrani |
|
ISBN : |
ISBN : 2-912946-14-X. |
|
Prix : |
25
€. 16x24 cm.272 pages. |
|
|
4ième de couverture
|
|
|
La présence de courtisans juifs à la cour des sultans mérinides (XIIe siècle) est perçue comme une manifestation discordante au vu de la situation sociale et du passé récent de leur groupe d’appartenance. L’émergence des premières lignées de courtisans juifs dans les cours espagnoles et orientales (entre le Xe et le XVe siècles) a pu créer le « précédent » augurant l’apparition d’un phénomène similaire de l’autre côté de la zone d’influence andalouse, sur la rive africaine. Ainsi, après l’expulsion définitive des juifs ibériques (1492) et l’installation de bon nombre d’entre eux au Maroc, les sultans des trois dynasties successives recruteront des financiers, des conseillers ou des ambassadeurs descendants de ces émigrés. De plus, tous les hauts dignitaires appartenant à d’éminentes familles – Ben Waqqasa, Ben Batash, Ben Zamirou, Pallache, Maimran ou Ben ‘Attar – représentaient et dirigeaient leur propre communauté. Quels événements ont précédé l’ascension de cette élite issue d’une société minoritaire vivant en terre d’Islam ? Comment situer ce phénomène sur l’échelle des valeurs admissibles par la société majoritaire ? Peut-on l’attribuer à une évolution des mentalités favorisée par une conjoncture favorable ? Faut-il les distinguer des Hofjuden, les juifs des cours européennes ? Aucune réponse n’est possible sans admettre a priori que les réalités politiques et sociales avaient bousculé les interdits concernant l’octroi de pouvoir aux non-musulmans, modifié les mentalités et permis l’accès à des voies théoriquement prohibées.
Nicole
S. Serfaty, docteur en langues et civilisations juives en terre d’Islam,
poursuit des recherches sur le judaïsme nord-africain
|
|
Dossiers
Secrets de l’Histoire Revue mensuelle d’art, d’histoire et d’archéologie | |
Les juifs Maroc depuis toujours proches de la Cour
La
minorité juive, protégée par les sultans mérinides
Pour reprendre les propos de Nicole Serfaty,
« à partir du moment où il y a une cour au Maroc, il y a des
Juifs » ! Conseillers, diplomates, ambassadeurs, agents et
interprètes intégrés, la présence de juifs à la Cour marocaine est , qu’il
s’agisse des dynasties mérinide, watasside et alawite. Succédant à la
domination sanguinaire des Almohades, sous la dynastie mérinide (XII-XVème
siècles) apparaît la tolérance, voire la bienveillance à l’égard de la
minorité juive. Après l’expulsion d’Espagne (1492), les premières
missions de liaison sont occupées par des agents officiels juifs, liens entre
le Maghreb, d’une part, et l’Espagne et le Portugal, d’autre part,
Haroun Ibn Batash est l’un de ces juifs dont le dernier
sultan mérinide Abdelhaq « fit son familier et son intime, au
point que le royaume passa entre ses mains. » !
Abraham Ben Zazirou est en contact permanent avec les occupants
portugais (côte marocaine atlantique). Interprète officiel (1510-1527) du
roi Emmanuel 1er, il est aussi rabbin de Safi. Jacob Roti
(1536-1550), s’engagea à Fès auprès du dernier sultan wattasside, qu’il
représentait auprès du Roi du Portugal, Jean III. Autre personnage juif
illustre, Samuel Pallache. De 1609 à 1615, il fut le premier ambassadeur,
disposant d’armoiries propres, et négocia le premier traité de paix entre
un Etat musulman et un non musulman. Il sera aussi l’émissaire du sultan
auprès de l’Espagne, du Portugal, de la France et de l’Italie. A
Amsterdam il fera connaissance avec la diaspora marrane qu’il va aider à se
rejudaïser. La famille Pallache est aujourd’hui à la tête d’une des
plus grandes banques marocaines. Il faut évoquer Joseph et Abraham Maimran,
conseillers du sultan Moulay Isma’il, et sheikh-al yhûd, chef de la
communauté juive de Meknès. Leurs rivaux, Ben Attar et Ben Quiqui, sont de
fins commerçants et diplomates : ils conclurent un traité de paix avec
les Anglais. En 1665, quand intervient le changement dynastique qui place les
Alawites à la tête du pouvoir, les Juifs jouent aussi leur rôle. Jusqu’à
la fin du XVIIème siècle, les Juifs sont essentiels, et Jacob ben Idder, qui
accomplit des missions politiques et commerciales pour le compte du sultan,
est la preuve de cette présence juive à la Cour. S.M. Hassan II, issu
de cette dynastie conuinue à entretenir avec les juifs des relations
cordiales et de confiance.
St.S.G.
La présence de courtisans juifs à la cour des sultans mérinides (XIIe
siècle) est perçue comme une manifestation discordante au vu de la situation
sociale et du passé récent de leur groupe d’appartenance. L’émergence
des premières lignées de courtisans juifs dans les cours espagnoles et
orientales (entre le Xe et le XVe siècles) a pu créer
le « précédent » augurant l’apparition d’un phénomène
similaire de l’autre côté de la zone d’influence andalouse, sur la rive
africaine. Ainsi, après l’expulsion définitive des juifs ibériques (1492)
et l’installation de bon nombre d’entre eux au Maroc, les sultans des
trois dynasties successives recruteront des financiers, des conseillers ou des
ambassadeurs descendants de ces immigrés. De plus, tous ces hauts dignitaires
appartiennent à d’imminentes familles. Quels événements ont précédé l’ascension
de cette élite issue d’une société minoritaire vivant en terre d’Islam ?
Comment situer ce phénomène sur l’échelle des valeurs admissibles par la
société majoritaire ? Peut-on l’attribuer à une évolution des
mentalités favorisée par une conjoncture favorable ? Faut-il les
distinguer des Hofjuden, les juifs des cours européennes ? Aucune
réponse n’est possible sans admettre a priori que les réalités politiques
et sociales avaient bousculé les interdits concernant l’octroi de pouvoir
aux non musulmans, modifié les mentalités et permis l’accès à des voies
théoriquement prohibées.
C’est cette histoire, passionnante, que raconte Nicole Serfaty,
docteur en lange et civilisation juive en terre d’Islam.
PARUTION D’UN NOUVEL OUVRAGE SUR LE JUDAÏSME NORD-AFRICAIN
Les courtisans juifs des Sultans marocains XIIe-XVIIIe
siècles (hommes politiques et hauts dignitaires) est l’ouvrage que vient de
publier récemment aux Editions Bouchène (France), Nicole Serfaty, docteur en
langues et civilisations juives en terre d’Islam. La première partie de cet
ouvrage passionnant situe le phénomène au niveau de l’Espagne et de m’Orient,
du Xe au XVe siècle, avant d’en venir aux premiers
Juifs marocains présents à la Cour du Sultan entre le XIIIe et le
XVIe siècle. La seconde partie traite du rôle des diplomates
juifs dans les relations internationales du Maroc, notamment avec le Portugal
au XIVe siècle. Lire en page 2 l’entretien avec l’auteur,
réalisé par Omar Mounir.
la
voix des sépharades – la boz de los sefaradim – the sepharadic voice
Notre amie Nicole Serfaty signe un document scientifique de grande
valeur. De tout temps les Sumltans marocains ont eu des conseillers juifs.
Proches du pouvoir, ceux-ci ont œuvré de leur mieux pour servir leur
souverain et faire sa grandeur. L’histoire a retenu leurs noms :
Pallache (ou Palacci) – nous avions raconté l’histoire de cette
famille dans un des premiers numéros de Los Muestros), Ben ‘Attar (ou
Benatar), Ben Zamirou, etc.
Un livre pour tous ceux qui aiment l’histoire et la Maroc.
Islamisé au VIIe siècle, le Maroc comptait, depuis des
centaines d’années, une population juive enracinée quoique discrète.
Après la régression imposée par le régime intransigeant des Almohades, l’avènement
de la dynastie mérinide au XIIe siècle coïncide avec la timide
apparition de lignée de courtisans juifs à la cour des sultans, qui devaient
se cristalliser en une nouvelle classe sociale, encore à l’honneur sous les
premiers alaouites.
Intriguée par la paradoxale ascension des juifs soumis au statut des dhimmi,
Nicole S. Serfaty s’est interrogée sur les « conditions qui ont
rendu possible l’émergence et le maintien d’une élite juive influente
évoluant indifféremment entre les deux sociétés ». Il s’agissait
d’expliquer le positionnement du « Prince des croyants » à l’égard
de ces dignitaires non musulmans.
Dans son étude, l’auteur met précisément en relief les mécanismes
sociaux qui ont permis à quelques familles juives de fréquenter les plus
hautes sphères du sultanat. Tout d’abord, elle considère la présence des
juifs de cour en Espagne et en Orient, du Xe au XVe
siècles, comme un « précédent » favorable à leur
intégration dans les cercles politiques sud-méditerranéens. Une impulsion
décisive viendrait des mégorashim – juifs fraîchement
expulsés de la péninsule ibérique -, couramment sollicités comme
ambassadeurs auprès des cours européennes dont ils avaient la pratique.
A travers les destins des Ben Waqqasa, Ibn Batash, Pallache et quelques
autres. Nicole S. Serfaty évalue la lente maturation des mentalités qui a
ouvert le mellah et généré des mutations sociales qui ont fini par l’emporter
sur le principe théorique d’exclusion des non-musulmans.
![]()