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4ème de couverture
Ce livre nous permet d’apprécier ce qui dans la Kabylie contemporaine procède d’une Kabylie traditionnelle et ce qui ressort d’une histoire récente, coloniale et post-coloniale. Pour mener ce projet à bien, Alain Mahé a conjugué la démarche de l’anthropologue et celle de l’historien. En tant qu’anthropologue, l’auteur a minutieusement reconstitué une sorte d’épure de l’organisation villageoise dans la situation où elle se trouvait au début de la conquête coloniale, afin de pouvoir ensuite dérouler le fil de l’histoire jusqu’à nos jours et d’apprécier les changements sociaux qui ont affecté les assemblées villageoises. Ce qui lui a permis de nous montrer comment les institutions politiques traditionnelles et la culture politique qui en était solidaire avaient pu se transformer et se féconder au contact de la culture politique moderne acquise par les Kabyles au sein des mouvements syndicaux et politiques auxquels ils ont tant donné, aussi bien dans l’immigration en France qu’en Algérie même dans le cadre du mouvement nationaliste.
La question est maintenant de savoir quelle place cette culture politique, les valeurs qu’elle promeut, et les institutions où elles se pratiquent, auront dans l’Algérie de demain.
Revue de presse
Voilà un ouvrage indispensable pour qui veut comprendre un peu mieux le rôle central de la Kabylie dans les événements qui secouent l’Algérie depuis des décennies. Le ton est équilibré, l’auteur ne cède jamais pour autant à l’esprit différentialiste au nom d’une spécificité culturelle qui a alimenté et alimente toujours le «mythe kabyle». Les premiers chapitres du livre de l’historien Alain Mahé, spécialiste de l’anthropologie juridique et politique du Maghreb et maître de conférence à l’EHESS, éclairent d’abord les ressorts anthropologiques de la Kabylie en analysant le rôle décisif de la tajmat, dont les variations sont l’un des fils conducteurs de l’étude.
«La tajmat ou assemblée de village, ou encore de nos jours, comité de village, est composé d’un président (amin), secondé par un ukil (sorte d’adjoint de l’amin) ainsi que par autant de tamen (représentants des groupes de familles) que le village compte de lignages. En assemblée plénière, tous les hommes du village y ont leur place et sont tenus d’assister aux débats sous peine d’amende.»
L’analyse porte ensuite sur la période coloniale (le mythe kabyle et la politique kabyle de la France sont traités, mais aussi l’ethnicisation exacerbée par le pouvoir en place depuis l’indépendance), sur la colonisation rurale et l’immigration qui en est la contrepartie, puis sur la guerre de libération nationale et les principaux événements qui ont suivi l’indépendance (l’insurrection du FFS en Kabylie en 1963, la crise de légitimité de l’Etat algérien en Kabylie, le printemps berbère, qui a duré d’avril 1980 aux troubles d’octobre 1988, «l’affaire» Matoub Lounès).
Le dernier chapitre, qui scrute le «chaos» actuel, entreprend l’analyse des évolutions, depuis décembre 1991, en particulier celle de la montée du terrorisme en Kabylie, qualifiée de «base arrière», et celle du mouvement culturel berbère et des associations culturelles indissociables de l’esprit du tajmat.
On ne peut que saluer l’initiative de l’éditeur Bouchène qui confirme là sa volonté de faire comprendre les violences algériennes grâce à des livres indispensables. Cet ouvrage, dont l’ambition s’accompagne d’une grande clarté dans l’exposition, éclaire le rôle actuel de la Kabylie dans la succession des événements qui ensanglantent l’Algérie. A travers les revendications culturelles et linguistiques, c’est une volonté politique qui s’affirme, mais c’est aussi l’état d’esprit des assemblées des assemblées démocratiques liées au tajmat qui persiste tout en se métamorphosant.
C’est pourquoi la longue séquence anthropologique qui inaugure ce livre ne renvoie pas à des débats de spécialistes (l’auteur discute les thèses de Pierre Bourdieu ou Jeanne Favret, qui ont avancé des thèses remarquées sur le fonctionnement politique de la Kabylie), elle met surtout en relation anthropologie et histoire. En effet, il n’est pas possible de saisir les ressorts de la violence contemporaine sans analyser la crise des régulations classiques amis aussi sans montrer que seul l’esprit démocratique, qui irriguait et irrigue encore les assemblées populaires, est seul capable de freiner des évolutions dramatiques. Ce n’est donc pas une approche culturaliste de la Grande Kabylie que ce livre met en scène, mais le rôle politique particulier de cette région dans un espace politique algérien marqué par la puissance et l’irresponsabilité de l’Etat.
D.M.
Extraits de presse
• N° 6 – Association pour le Développement de la Pensée Française (ADPF).
• Med Intelligence N° 40 de 23 juin 2001.
• ESPRIT – novembre 2001 - pages 20 à 27.
• HERODOTE, revue de géographie et de géopolitique, 4° trimestre 2001 n° 103.
• ANNALES DE DEMOGRAPHIE HISTORIQUE N°2001/2.
• Mouvements n°25, janvier février 2003.
Revue de presse
ème
Ce livre nous permet d’apprécier ce qui dans la Kabylie contemporaine procède d’une Kabylie traditionnelle et ce qui ressort d’une histoire récente, coloniale et post-coloniale. Pour mener ce projet à bien, Alain Mahé a conjugué la démarche de l’anthropologue et celle de l’historien. En tant qu’anthropologue, l’auteur a minutieusement reconstitué une sorte d’épure de l’organisation villageoise dans la situation où elle se trouvait au début de la conquête coloniale, afin de pouvoir ensuite dérouler le fil de l’histoire jusqu’à nos jours et d’apprécier les changements sociaux qui ont affecté les assemblées villageoises. Ce qui lui a permis de nous montrer comment les institutions politiques traditionnelles et la culture politique qui en était solidaire avaient pu se transformer et se féconder au contact de la culture politique moderne acquise par les Kabyles au sein des mouvements syndicaux et politiques auxquels ils ont tant donné, aussi bien dans l’immigration en France qu’en Algérie même dans le cadre du mouvement nationaliste.
La question est maintenant de savoir quelle place cette culture politique, les valeurs qu’elle promeut, et les institutions où elles se pratiquent, auront dans l’Algérie de demain.
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