Revue de presse

Janvier 2005,
Dix pages de présentation des deux ouvrages publiés par les Editions Bouchène: Les Saints de l'Atlas d'Ernest Gellner et Le Souk de Sefrou sur l'économlie de Bazar de Clifford Geertz.

Ernest Gellner, Clifford Geertz et le Maghreb, par Hamit Bozarslan

Maison d'édition, créée en Algérie mais réfugiée en France, les éditions Bouchène mènent depuis plusieurs années un remarquable travail éditorial, en particulier sur le monde arabe. Récemment, deux rééditions d'ouvrages majeurs, fort bien présentés, éclairent l'anthropologie du Maghreb: les Saints de l'Atlas d'Ernest Gellner1 (1925-1995), avec une introduction de l'anthropologue Gianni Albergoni, et Le Souk de Sefrou. Sur l'économie du bazar de Clifford Geertz2 (né en 1926), traduit et présenté par Daniel Cefaï.
Ernest Gellner



Lors de sa parution en anglais en 1969, le classique d'Ernest Gell ner, les Saints de l'Atlas, avait provoqué une véritable tempête. Alors que les États du Maghreb se glorifiaient de leurs luttes passées pour leurs indépendances et se projetaient dans l'avenir comme des sociétés unitaires, voire unanimistes, voici qu'un chercheur venant de loin réhabilitait la «science des colonisateurs» qu'était l'anthropologie. Mais parmi les spécialistes du Maghreb, I’œuvre de cet outsider, ni français ni anthropologue, n'était pas davantage mieux accueillie, tant il portait un nouveau coup dur aux certitudes déjà passablement ébranlées. A l'inverse, l’œuvre de ce philosophe, en rupture de ban avec I'establishment d'Oxford depuis son Words and Things (1959), avait (le quoi troubler toute une nouvelle génération de chercheurs en quête de voies de sortie du positivisme dans les sciences sociales. Comme le précise en effet Gianni Albergoni, Gellner était :... lire la suite

   
Ernest Gellner - les Saints de l'Atlas
  Auteur : Ernest Gellner
Titre :Les Saints de l’Atlas
Sur l’économie de bazar

Traduction : Paul Coatalen
Pprésentation : Gianni Albergoni
Collection : Intérieurs du Maghreb
ISBN : 2-912946-32-8
Prix : 48 €.
16x24 cm - 374 pages

Qté
 


les Saints de l'Atlas

Tenu pour l’initiateur et le chef de file de l’école segmentaire, Ernest Gellner a été copieusement cité, commenté, discuté, mais, de toute évidence, a été peu lu en France et au Maghreb: rares sont ceux qui se sont réellement penchés sur sa monographie, et encore moins nombreux ceux qui ont pris connaissance de l’ensemble de ses travaux dans ce domaine. L’obstacle de la langue et l’absence de traductions y sont très vraisemblablement pour quelque chose.

Le livre dont voici, trente ans après sa parution originale, la première traduction française, est un livre célèbre et pas uniquement pour ceux qui s’intéressent au Maghreb.

Cette monographie que Gellner a consacrée aux igurramen Ihansalen du Haut Atlas marocain, et au rôle imparti à ces pieux personnages parmi les tribus d’agro-pasteurs de ces montagnes, a depuis longtemps pris rang parmi les classiques de l’anthropologie.
Pour les études maghrébines, il s’agit de l’ouvrage le plus marquant qui ait été publié au cours des dernières décennies, depuis les grands livres de Berque. Une telle affirmation n’implique aucun parti pris quant aux mérites propres de l’œuvre mais relève du simple constat d’un fait: Saints of the Atlas a eu un écho d’une ampleur sans précédent au Maghreb et qui a d’ailleurs dépassé les frontières de son propre domaine disciplinaire - l’ethnologie - et géographique -le Maroc et le Maghreb.
C’est dire s’il a été commenté, repris, et bien entendu, critiqué. Certaines idées fortement énoncées concernant la nature de la société marocaine et son histoire ont même sur le moment quasiment fait scandale et suscité des prises de positions passionnées. C’est qu’elles touchaient à des questions théoriques importantes pour le chercheur spécialiste du Maghreb, mais particulièrement sensibles aussi, dans le contexte historique de l’époque, pour le citoyen du pays. Ces polémiques ont fait le temps mais le débat scientifique demeure ouvert.
La présente traduction a bien entendu tenu compte corrections que Gellner personnellement apportées au texte.


Né en 1926, Clifford Geertz est une figure majeure de l’anthropologie outre-atlantique, et enseigne à l’Institute for Advanced Study à l’université de Princeton. Il joue un rôle déterminant dans le renouvellement de l’anthropologie, en proposant de nouvelles orientations à cette discipline, notamment dans l’étude des systèmes symboliques. Après des études de terrain à Java et à Bali, il se consacre depuis les années 1960-70 au Maroc. Son œuvre, monumentale, comprend des monographies empiriques et des essais philosophiques, des recherches portant sur l’économie, la politique, la religion ; une synthèse sur l’Islam, des articles universellement lus sur l’analyse culturelle...