Revue de presse

AGIR - Hommes et libertés, n°110 – juin/août 1999
Algérie, ma mémoire, Anne d’Oran, Georgette de Sainte.

Anastasie, merci pour ce beau livre sur l’Algérie entre 1945 et 1962, entre la fin de la guerre contre le nazisme et celle de la guerre contre le colonialisme. A la différence d’Elisabeth Schemla qui vit dans le regret de «l’Algérie française» (Elisabeth Schemla, Mon journal d’Algérie, Flammarion 2000), à la différence aussi de ceux qui s’interrogent sur les responsabilités de l’armée et du pouvoir dans les crimes commis depuis l’annulation, en 1991, des premières élections libres dans l’Algérie libre, vous revenez sur «votre» mémoire et il se trouve qu’elle plaide pour l’indépendance de l’Algérie. Vous nous aidez du coup à comprendre : il est vrai que les traces du passé s’effacent en quarante ans.

Merci de nous le dire de la façon la plus émouvante, je dirais mieux, si poétique. Cet adjectif n’est guère aisé à manier. Et pourtant comment qualifier autrement votre description du Sahara ou «la peau de l’oued pèle de toute part»? Quel autre mot utiliser pour votre évocation du printemps 1961 qui «s’habille de rouge et de noir pour de sinistres épousailles». Travail d’écriture assurément. Mais ce serait bien peu si on ne croisait dans ce livre André Mandouze qui enseigna le latin à Anne-Georgette, la jeune étudiante. Si on ne rencontrait pas Yasmina qui, à ses dix-sept ans, aimait la liberté d’un amour farouche, Djemila quatrième épouse du Bachaga Aïssa, et N’bia qui, pendant cinq ans, torche les enfants d’Anna, en étant payée pour la première fois de sa vie au tarif normal, celui des blanches.

Un livre entre femmes, donc, une jeune française, des Algériennes. Mais il n’est possible que parce qu’il y a des hommes : le père d’Anne, fonctionnaire à Oran, qui n’a pas élevé sa

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fille dans l’enseignement du mépris; Julien, son mari, officier des Affaires militaires musulmanes, qui l’emmène d’abord au bled, puis «sur la route de Sétif», terre des massacres de mai 1945, au Maroc ensuite et, à partir de mars 1957, à Tiaret, sur les hautsplateaux de l’Oranie. Sans oublier Mohamed «ventre creux, gosier en feu», ni Tahar, le premier Arabe qui, quand elle avait vingt ans, lui offrit dattes et lait : ce jour là, écrit-elle, «j’étais devenue une invitée dans leur pays».

Raconte-nous la guerre d’Algérie : ses enfants devenus grands l’ont demandé à Anne, née à Oran, et à son double Georgette, qui m’invita la première dans son village du Gard, alors que je venais d’être élue présidente de la Ligue des droits de l’homme. C’était la fête au village, une fête pour la citoyenneté des étrangers. La belle préface de Gilles Perrault nous rappelle que, sans le racisme colonial, les «fureurs de l’OAS» sont incompréhensibles, sans le racisme colonial et sans les massacres de Sétif dont l’ombre s’étend sur ce chant d’amour, «Algérie, ma mémoire». J’aimerais que ceux qui m’aiment aiment ce livre

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4ème de couverture

Ce récit autobiographique tout éclaboussé des violentes couleurs de la terre algérienne, imprégné de ses inoubliables fragrances, forcément nostalgique puisqu’il évoque le paradis perdu de l’enfance et de la belle jeunesse enfuie, par conséquent aussi éloigné de la thèse, de l’enquête sociologique ou de l’essai politique, comment se fait-il qu’il nous restitue l’Algérie du temps de la présence française avec tant d’authenticité et de profondeur ?
Anne Lanta se borne à nous raconter ce qu’elle a vu et entendu... et nous livre son vécu avec le culot et la modestie du témoin convaincu à la fois de la nécessité de son témoignage et de ses limites.
C’est un acte d’amour qu’Anne Lanta a voulu accomplir en écrivant ce livre. Amour pour la beauté de la terre algérienne qu’elle vit disparaître à jamais du pont du bateau de l’exil et dont elle reste inconsolable, amour pour un peuple qui lui fut longtemps occulté par les coutumes et les préjugés imbéciles, mais pour qui elle se passionna dès qu’elle en eut la révélation.

Gilles Perrault

     
   
Anne Lanta - Algerie, ma mémoire
  Auteur : Anne Lanta
Titre :Algérie, ma mémoire
Préface :
Gilles Perrault
Collection :
Escales
ISBN : 2-912946-13-1
Prix : 14,79 €.
13,5x21 cm. 176 pages.

Qté
 


Algerie, ma mémoire

Texte autobiographique d’une famille de « Français d’Algérie » qui se découvre anticolonialiste, qui raconte l'Algérie, la terre, le peuple, l’injustice, puis le déferlement des horreurs de la guerre.


Voir aussi "Toutes voiles dehors".