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| Anne Leduc (au centre) avec son équipe |
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Etrangement, pris ma lecture, ce n'est qu'après avoir terminé le livre que j'ai regardé la quatrième de couverture. Vous étiez bien belle. Omar, à ce que je comprends, n'était pas mal non plus. J'imagine que cella a compté. Mais je m'arrête : vous me trouvez déjà frivole, je ne voudrais pas que vous me jugiez obscène. [...]
Le témoignage politique et sociologique est bien entendu passionnant. Votre préfacier le dit très bien. Je ne savais pas que les espérances nées de l'indépendance arrachée de haute lutte avaient été si vite saccagées. Sombre tableau, où vous mettez équitablement des taches de lumières. Tout de même, on a l'impression que le peuple algérien n'a pas eu beaucoup de chance. Ce déchaînement des passions, cet accaparement des pouvoirs et des privilèges. Vous évoquez superbement Boudiaf. Il était la chance de l'Algérie. On s'en est prestement débarrassé.
Votre préfacier et vous-même avez une tendance marquée à mettre ces disgrâces sur le compte du colonialisme. Elles seraient en quelque sorte son héritage. Vous avez sûrement raison pour la période que vous évoquez, mais au fur et à mesure que le temps passe, l'explication ne perd-elle pas de sa pertinence ? Bientôt deux générations depuis la fin de la guerre franco-algérienne... Je ne sais pas. Je me pose la question.
En tout cas après vous avoir lue, on vous aime. [...]
Gilles Perrault
Revue de presse
A propos de l'attentat du 22 juin 1962 qui a tué Si Mohamed et dont a été victime Anne Leduc
Le Figaro parle d'un "médecin psychiatre musulman selon les uns, européen selon les autres" !... Voir coupure de presse
Un article de synthèse de Jean Lacouture -
Facsimilé de la page
Des lecteurs témoignent :
Gilles Perrault, Madeleine Réberioux
Chère Anne Leduc,
On aurait pu vous appeler Justine, tant votre livre apparaît comme une version moderne des "Malheurs de la vertu". Je l'ai lu avec stupéfaction. Un romancier ou un scénariste qui aurait inventé cette histoire, on lui reprocherait d'avoir exagéré au point de perdre toute crédibilité. Lever de rideau original et spectaculaire avec cet attentat où vous avez failli laisser votre peau. Avouez que vous méritiez mieux ... Votre engagement pour le FLN, etc. Votre venue en Algérie pour aider, pour servir, etc. Une rafale de Mat 49 pour remerciements (extraordinaires, vos retrouvailles, plus tard, avec vos agresseurs ! Quel coup de théâtre !). Mais, bon, c'est la vie, c'est l'histoire, et on sait que l'une et l'autre peuvent ne pas être gracieuses. Ce qui m'a fasciné, c'est la suite. Votre roman avec Omar. Comment vous, la rebelle par définition, avez-vous pu accepter un telle existence, le ménage à trois, les coups, les menaces ? Je n'en reviens pas. [...]
L'impression sur le lecteur est d'autant plus forte que vous racontez ces choses inouies dans une langue très retenue, sur le ton le plus objectif, sans colère ni acrimonie. Vous évoquez une sévère raclée comme si une mauvaise pluie vous avait gâchée la journée. Et vous repartez au boulot comme un bon petit cheval. Un boulot, entre parenthèses, dont les duretés auraient suffi à elles toutes seules à envoyer au tapis une personne normalement constituée. Où puisiez-vous cette indomptable énergie, cette vitalité increvable? Je n'en reviens pas. Cent fois, à votre place, j'aurais rendu mon tablier. J'aurais repris l'avion mille fois. Ah non ! C'est trop injuste, je ne mérite pas ça... Mais vous faites visiblement partie des gens si rares qui estiment ne pas mériter.
Vous m'êtes énigmatique. Comment j'aimerais pouvoir remonter le temps et rencontrer celle que vous étiez à trente ans ! J'essaierais de comprendre.
Temoignage de Madeleine Rébérioux
Chère Anne Leduc,
[...]
Votre livre m'a beaucoup émue, en sus de tant de souvenirs réels ou possibles, parce qu'il s'agit de votre famille, de votre mari, de votre fille.
L'Algérie fut certainement votre patrie d'adoption (elle l'était y compris pour ceux d'entre nous qui étions obstinément français), mais il atteste aussi la difficulté de fonder une famille en Algérie : hélas ! Pourtant votre famille existe.
Bravo chère Anne ! Ni dans le souvenir des anticolonialistes français, ni dans celui des Algériens, une femme comme vous ne peut être oubliée.
[...]
Madeleine Rébérioux

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" ...C'est vers midi, rampe Valée, à la limite de la Casbah et de Bab El Oued, qu'a été mitraillé une voiture où avaient pris place le capitaine Si Ali, adjoint au chef de la zone autonome d'Alger, un autre chef du FLN, Si Mohamed, , une doctoresse psychiatre et deux autres personnes. Les gardes du corps FLN ont riposté contre le véhicule des agresseurs qui réussit toutefois à prendre la fuite. Les deux chefs du FLN et la doctoresse psychiatre auraient été blessés assez gravement.
Le capitaine Si Ali est un ancien étudiant en lettres de la faculté d'Alger qui prit le maquis après la grève ordonnée par l'UGEMA (Union Générale des Etudiants Musulmans Algériens) en 1957. Deux fois blessés au combats dans les rangs de la Wilaya 4, après avoir fait partie de la mission du GPRA à Conakri avec M. Omar Oussedik, il était revenu à Alger peu de temps après le cessez-le-feu. Il a participé à plusieurs réunions avec des libéraux algérois au cours de lesquelles il a pris la parole au nom du FLN.
S'agit-il d'une action de commandos OAS incontrôlés, refusant de se rallier aux accords du 17 juin
? de membres du MNA
? Les responsables du FLN restent très discrets. Si Azzedine, chef de la zone autonome d'Alger, s'est abstenu de tous commentaire. Quand on connaît les services de renseignement du FLN à Alger, on ne peut que se montrer surpris d'un tel mutisme, qui incite à envisager l'hypothèse d'un règlement de conflits internes ou personnels au sein du FLN algérois. ...
André Pautard"
Tout a ma foi missionnaire j’ai attiré l’attention des collègues sur le très beau film de Malek Bensmail «Aliénations» qui nous rend si proches malades et soignants d’Agérie. (LLPF
n°147, septembre 2005, p. 18).
Ce faisant, j’aurais au moins retenu l’attention de notre confrère Anne Leduc qui, à son tour, retient la mienne en me rappelant que la psychiatrie algérienne n’est pas passée directement de l’Ecole d’Alger à l’organisation qu’a mis en œuvre le père de Bensmaïl auquel il rend hommage dans son film.
Il y eut la période 62-69 où vinrent travailler des psychiatres souvent militants qui hors de tout humanitarisme s’employèrent au soin, et avec succès, dans les établissements existants. Ces psychiatres rejoignaient quelques rares confrères demeurés sur place. Tous ceux-là travaillèrent au péril de leur vie, comme Anne Leduc, grièvement blessée au cours d’un attentat visant un homme politique, dans le cadre des rivalités pour le pouvoir qui plongèrent ce malheureux pays dans le chaos que l’on connaît encore.
C’était l’époque où bon nombre d’entre nous choisirent d’être psychiatres en raison même de ce contexte. Parce que cette spécialité échappait à ce que nous dénommions mandarinat, parce que l’intelligence des phénomènes qu’on y rencontrait nécessitait de les apprécier de façon dynamique, en tenant compte des facteurs d’environnement, des facteurs sociaux, ce qui rendait déjà caduques des conceptions localisant les choses à une « pathologie » propre au sujet, cognitivo-comportementales par exemple.
A cette époque Lacan et son entourage soutinrent les militants algériens, Jean Cournut vint aider nos confrères en Algérie...
Les enjeux n’ont pas changé, loin de là, mêmes si nous sommes maintenant bien isolés.
C’est pour cela qu’il est urgent de réintégrer cette période dans l’Histoire, tant qu’il existe peut-être encore une Histoire.
Il faut aussi que les jeunes générations, qui ne connaissent déjà plus ni Ey, ni Daumezon, ni Le Guillant, ni Bonnafé connaissent ces confrères qui furent l’honneur d’une profession et dont l’espèce pourrait bien être en voie de disparition.
Anne Leduc a publié sous le nom d’Anna Berbéra, «Les raisins rouges d’Algérie» et sous son nom «Les chants du lendemain, Alger 62-69» aux éditions Bouchène.
Il est nécessaire de voir «Aliénations», bien sûr.
Il est non moins nécessaire de lire Anne Leduc.
Jean-Pierre Rumen
Documentation photographique
• Anne Leduc juste avant son départ en Algérie en 1962.
• Dans la Casbah en juin 1962.
• L'entrée de la villa "mauresque" à la clinique de l'Hermitage.
• Anne Leduc (au centre) la clinique de l'Hermitage (devant les nouveaux batiments) avec son équipe.



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