Le Monde des livres – 5 mars 1999 Revenant sur les années de lutte pour l’indépendance de l’Algérie qui se soldèrent par la prison et l’exil, le témoignage de Daniel Timsit dévoile les origines du drame actuel
.... L’un des premiers livres que (Abderramane Bouchène) édite, celui de Daniel Timsit, est de ce point de vue exemplaire. Il s’agit d’un bref récit, issu d’un entretien avec Elias Sembar et Farouk Mardam-Bey, dont une première version avait été publiée en 1995 dans la Revue des Etudes Palestiniennes. Ce texte est bouleversant, et il en apprend bien plus sur les origines de l’actuel drame algérien que bien des savants traités. Daniel Timsit y raconte son enfance de juif algérien, né en 1928, et son engagement de jeune militant communiste – il était alors étudiant en médecine – dans la guerre de libération, dès 1955. Bientôt rallié au FLN, il est l’un des membres actifs d’un réseau de fabrication d’explosifs pour la « zone autonome d’Alger ». Arrêté en octobre 1956, il passera le reste de la guerre en prison, et c’est là qu’il a « découvert son identité algérienne » : les pages qu’il consacre à ces cinq années et demi de détention expriment une force d’âme peu commune.
Revenu en Algérie, il collabore à divers ministères, jusqu’au coup d’Etat de 1965 qui le conduit à s’exiler définitivement en France, où il vit aujourd’hui. Le regard qu’il porte, avec trente ans de recul, sur ces années d’engagement, est d’une lucidité rare. Et c’est c’est là toute la force de ce petit livre: en quelques phrases sèches, il donne à voir le dévoiement de la lutte de libération dès la fin 1956, avec la liquidation des «lycéens maquisards» par le colonel Amirouche. Et il explique la folie qui commence en 1962 et à laquelle il se reproche d’être resté aveuglé: «J’ai eu tord de ne pas vouloir comprendre, de ne même pas désiré voir. On torturait des gens et je ne le savais pas.» Et aussi : «L’autocensure totale. Sur la religion et sur plein d’autres choses. C’est ce type de société où il n’y a pas débat, où tu ne peux être toi-même, où la société religieuse envahit tout peu à peu. Une pression insidieuse. Je sais que j’ai fui cela.»
Daniel Timsit publie un texte à propos de son engagement dans la guerre d’indépendance des Algériens, à propos de sa vie. On n’a jamais lu quelque chose d’aussi intelligent, d’aussi noble. Et cela produit un effet unique : la pensée. Désir de pensée. Amour de la pensée. Ce qui est dit par Daniel Timsit n’avait jamais été dit. Donc nous n’avions jamais pensé la guerre d’Algérie. Commençant, grâce à lui, à penser la lutte, les luttes que nous avons menées, que nous croyons avoir menées, que nous voudrions peut-être encore menées, contre le mal. Le lire est une urgence et un bonheur.
Michel Butel
Daniel Timsit, un témoignage pour l’Histoire de l’Algérie... Au vu de la situation actuelle de l’Algérie, «où rien n’est jamais joué», il a tenu à livrer son témoignage...
El-Watan, 28 juillet 199
Daniel Timsit, qui n’est pas un simple observateur de l’Algérie, a pris part au combat exemplaire mené par son peuple pour son indépendance. Ses écrits se distinguent par une parfaite connaissance de la société algérienne et, qualité rare, par le profond humanisme de leur auteur.
Les juifs Maroc depuis toujours proches de la Cour La minorité juive, protégée par les sultans mérinides
Dans un récit simple et poignant, Daniel Timsit retrace les principales étapes de sa vie de militant du FLN durant la guerre de libération. Juif algérien, attiré par le Part communiste, il finit par rejoindre le FLN, ce qui lui vaut la prison jusqu’à l’indépendance en 1962. C’est en détention, explique-t-il, qu’il prend conscience pleinement de son identité algérienne et qu’il découvre le peuple à travers ses camardes de cellule. A l’indépendance, il occupe des postes de responsabilité au ministère de l’agriculture, dont le ministre était un ami de combat. Il a été de ceux qui pont insufflé l’autogestion agricole, qui a ravi les fellahs en 1963 et évité au pays une famine annoncée. La première année de l’autogestion, se souvient-il, a été un grand succès. Mais au fil des ans et au contact avec la réalité, les illusions sur les capacités révolutionnaires de ses amis se lézardent. Il est d’abord choqué par la loi sur la nationalité algérienne votée par l’Assemblée Nationale en 1963. Cette loi fait de lui un étranger, et ce sont ses amis qui interviennent pour qu’il soit citoyen par décret, lui qui est algérien par ses ancêtres ! L’autre événement qui lui fera perdre des illusions, c’est le coup d’Etat militaire du colonel Houari Boumediène. Il s’installera en France comme médecin et égrènera ses souvenirs de combattant de la liberté en pensant à ce pays qui lui devient étranger par ses tendances autoritaires, par sa bigoterie et par son intolérance.
L’Algérie d’un médecin qui fabriquait la mort Guerre, arrestation, prison, libération, retour au pays... désillusion. Itinéraire d’un humaniste engagé.
«Ce pays est tellement mien que je n’imaginais pas de dire que c’était le mien. Je n’en n’avais pas d’autre. Mon pays, c’était la place de la Lyre, c’était Alger. Mes parents non plus ne s’imaginaient pas vivre ailleurs, ni avoir un autre pays que celui-là», écrit Daniel Timsit dans Algérie, récit anachronique. Lorsque éclate la guerre, cet d’Algérien, petit-fils de grand rabbin et responsable des étudiants communistes, ne voit d’autre possibilité que de s’engager pour l’indépendance de son pays.
Etudiant en médecine, il crée dès 1954 un laboratoire d’explosifs pour le FLN. En 1956, il rompt avec le PC, rejoint le maquis et est arrêté en novembre. Fin 1957, une commission d’enquête dirigée par Simone Veil le fait transférer en France. Il ne sera libéré qu’en 1962, après cinq ans et demi de prison. Ce sont les faits. Mais les faits ne font pas une vie. La force de ce court récit réside dans ce que révèlent les mots justes de Daniel Timsit : choix d’un homme face à l’histoire, douleur d’un médecin humaniste fabriquant des engins de mort, tragédie d’une conscience qui préfère le déchirement à l’indignité, complexité des relations entre Juifs et Arabes, règlement de comptes entre «frères» au sein du FLN...
Aussitôt libéré, le Dr Timsit retourne en Algérie : très vite, l’euphorie laisse place à la tristesse et à la déception. Le coup d’Etat de Boumédienne contre Ben Bella en juin 1965 le décide à quitter son pays pour la France. Quatre-vingt pages sobres et denses, tendres et sans concession, qui éclairent autrement l’Algérie d’alors et celle d’aujourd’hui...
CPLD – Centre Protestant d’Etudes et de Documentation – N°85 Né à Alger, Daniel Timsit raconte sa vie et ses engagements dans un récit animé par une pensée lucide et élevée. Il appartient à une modeste famille de commerçants juifs : lui-même, doué pour les études commence sa médecine; avec la guerre, son hostilité au gouvernement de Vichy l’amène à adhérer au parti communiste. Dès 1946, il est sensible à la revendication nationale et il adhère au FLN en 1956. il y milite et vit dans la clandestinité, puis il est arrêté et passe six ans en prison en Algérie puis en France. De retour à Alger, il vote pour l’indépendance de l’Algérie en juillet 1962. sous Ben Bella, le médecin devient ministre de l’Agriculture mais en 1969, il fuit Boumédienne et l’envahissement du pays par la société religieuse. C’est en France où il a élevé sa famille que le vieillard, dans sa sagesse, fait ce retour sur son passé douloureux.
Le rêve d'une Algérie plurielle SI PEU QUE J'AI CONNU Daniel Timsit comme médecin, comme écrivain, comme politique, il n'était pas de ceux qui se laissent facilement oublier. Il avait, la dernière fois que je l'ai vu, au printemps de cette année qui le vit disparaître vendredi 2 août, quelque chose de déterminé et en même temps d'infiniment fragile.
Daniel Timsit est né à Alger le 16 décembre 1928, dans une famille juive devenue française par le décret Crémieux (1870). Son père est petit commerçant en tissus et sa mère est la fille du grand rabbin de Constantine. Exclu du lycée Bugeaud sous le proconsulat de Weygand qui applique plus sévèrement qu'en France la politique antijuive de Vichy, il peut reprendre ses études après le débarquement allié. C'est alors qu'il milite aux Jeunesses communistes, puis aux étudiants du PCA, où il devient le camarade et l'ami de Maurice Audin et de sa future épouse, Josette Sempe. C'est essentiellement pour se rapprocher de la masse des Algériens qu'il milite dans ce parti. Le 1er mai 1945, il défile à Alger avec les nationalistes. Une semaine après, c'était dans le Constantinois la «répétition générale» de ce qui se produira après le 1er novembre 1954. Etudiant en médecine depuis 1951, il ne renonce aucunement à ses idées. Ses amis de jeunesse s'appellent aussi Kateb Yacine et Mohamed Dib.
Communiste réduit à la clandestinité, Daniel Timsit organise avec les étudiants nationalistes et les disciples européens d'André Mandouze, fort nombreux à la faculté des lettres, la première grève à l'université contre la torture. Nous sommes alors à la fin de 1955. Pendant que Guy Mollet et Robert Lacoste s'enfoncent dans la répression et la torture, Daniel Timsit organise pour le FLN un laboratoire d'explosifs qu'il croit destinés au seul maquis.
Maurice Audin, «l’archange» Arrêté en octobre 1956, il est battu mais non torturé. Quand il est emprisonné à Barberousse, un gardien lui dit : «Tu es grand, on va te raccourcir». Il échappe pourtant à la condamnation à mort grâce au témoignage en sa faveur de son patron à l'hôpital, le professeur Lévy-Valensi. En prison, à El-Harrach, à Lambèze, à Marseille, à Angers, il rédige son extraordinaire journal, où il note toutes ses lectures, de la Bible à Shakespeare, les mots de ses gardiens, humains ou brutaux, ses amours, ses liens avec sa famille qui ne le renia pas, son apprentissage de l'arabe, ses espérances et ses illusions.
C'est en décembre 1960, aux Petites Baumettes, qu'il comprend qu'il faut renoncer à l'utopie d'une Algérie plurielle pour laquelle Femand Iveton avait donné sa vie et Timsit et Harbi risqué la leur. Ce journal a été publié sans retouches, sous le titre Récits de la longue patience (Bouchène-Flammarion, 2002). C'est dans ce texte qu'il évoque la figure, un « archange » dit-il, de son ami Maurice Audin, «disparu» le 21 juin 1957. Libéré, Daniel Timsit passe à Paris ses derniers examens de médecine et rentre à Alger tenter, sans trop d'illusions, l'expérience fraternelle dont il avait rêvé. Il collabore avec plusieurs ministres, notamment à la réforme agraire. Après le coup d'Etat de juin 1965, il exerce quelques mois comme médecin à Alger, puis quitte le pays et devient à Paris à la fois un spécialiste d'endocrinologie et un généraliste, une sorte de médecin des pauvres comme il y en avait au XIXe siècle. A la fin de 1960, il épouse Monique Antoine, avocate qui fut constamment - et discrètement - sur la brèche pendant le conflit algérien.
Il devient aussi un écrivain, dont le ton, mêlé de perspicacité, d'ironie et de tendresse, a quelque chose d'unique. Avant le Journal, c'est Algérie, récit anachronique et Suite baroque, histoire de Joseph, Slimane et de nuages (Bouchène, 1998 et 1999). Daniel Timsit revit l'Algérie qu'il a rêvée et qui, peut-être, n'était pas entièrement impossible. Sans doute a-t-elle été tuée en février 1956, quand Guy Mollet capitula devant l'émeute.
L'écrivain qui rêvait d'une Algérie plurielle est mort à 75 ans. L'Algérie n'aura pas été que son lieu de naissance. Elle aura décidé de l'itinéraire de Daniel Timsit, emporté à 75 ans par une crise cardiaque et enterré mercredi dans l'Ariège. Médecin, écrivain, politique, il vouait un amour profond à l'Algérie. «Mais à une Algérie des humbles, de ces militants de base qui passent toujours à la trappe dans la littérature officielle», remarque l'éditeur Abderrahmane Bouchène en évoquant ce «juste, cette race qui est en train de disparaître mais dont on a tant besoin».
Né en 1928 dans une famille juive à Alger, l'étudiant en médecine s'engage vite auprès des nationalistes algériens. Militant du PCA (Parti communiste algérien), il organise, fin 1955, avec les étudiants nationalistes la première grève contre la torture à l'université. Cet engagement va de pair avec une aide logistique au FLN jusqu'à son arrestation en octobre 1956. Il notera tout de ses années de détention : lectures, rêve de cette Algérie plurielle qui, finalement, ne sera pas... Ce «journal de prison» sera publié quarante ans plus tard, en 2002, aux éditions Bouchène-Flammarion sous le titre Récits de la longue patience, après deux ouvrages, Algérie, récit anachro nique et Suite baroque, histoire de Joseph, Slimane et de nuages (Bouchène, 1998 et 1999).
Illusions, désillusions: Daniel Timsit ne se départira jamais d'une tendresse et d'une lucidité envers l'Algérie où il travailla après l'indépendance, notamment dans la réforme agraire avant d'exercer la médecine à Alger. Rentré à Paris dans les mois qui suivirent le coup d'Etat de 1965, Timsit gardera toujours un intérêt passionné pour ce pays. «Il était, se souvient Abderrahmane Bouchène, très meurtri par ce qu'il s'y passe. C’était très touchant.. .»
Revue de réflexions et d’échanges sur la paix, les conflits et la sécurité mutuelle. ... Le témoignage de Daniel Timsit, engagé aux côtés de ses compatriotes algériens dans la guerre d’indépendance, mérite le détour pour comprendre ce qui se joue aujourd’hui. Engagé dans la construction du nouvel Etat algérien dès 1962, il quittera ses responsabilités après le coup d’Etat militaire de Boumédienne. Le texte est émouvant tant on sent le déchirement entre l’attachement de l’auteur à ses racines juives algériennes et son exil de l’autre côté de la Méditerranée. Ses questions, aussi, sont pertinentes parce qu’elles jaillissent d’une passion pour le peuple.
Cette «fuite», on le sent, a déchiré sa vie. Mais elle force le respect pour un homme qui a choisi de placer sa dignité et celle de son pays au dessus de tout. En obligeant leurs compatriotes – mais aussi les Français – à regarder en face ces années douloureuses, Daniel Timsit et son éditeur apportent une contribution décisive au dévoilement des secrets à l’abri desquels se poursuit la «seconde guerre d’Algérie»
Né à Alger en 1928 au sein d’une famille juive de la Casbah. Son grand-père paternel a été d’abord colporteur, puis il eut un étal en basse Casbah, que son père a repris.
Son grand-père maternel était grand rabbin de Constantine.
Daniel Timsit a suivi l’école primaire du boulevard Gambetta, en lisère de la Casbah. Pour sa famille, l’avenir était à la modernité incarnée par la langue française, l’éducation en français.
«1940. Hitler. Le jour de l’armistice, j’avais 12 ans, mon père s’est mis à pleurer ...
1943. Stalingrad à jamais gravé dans nos mémoires...
En 1943, j’ai 15 ans. C’est la période des luttes antinazies, du communisme... »
(extraits du prologue de l’ouvrage)
Daniel Timsit commence à militer au sein du parti communiste, d’abord par internationalisme, par antinazisme et par antiracisme.
Il poursuit des études supérieures, passe l’externat de médecine.
En 1954, il était l’un des responsables des étudiants communistes d’Alger. Le 1er novembre il n’y avait pas de doutes, la guerre de libération avait commencé, il ne fallait pas que les communistes soient à l’extérieur.
Il constitue donc au début de la guerre, dans la clandestinité, une section des étudiants communistes d’Alger, en liaison avec le FLN et met en place un laboratoire de fabrication d’explosifs devant alimenter les maquis du FLN.
Arrêté le 8 octobre 1956 ...
«je suis resté huit jours au commissariat central. Avec stupeur, j’ai découvert la férocité, l’acharnement, je n’ai pas été torturé, j’ai été traité «à l’ancienne». ... ».
(extraits du prologue de l’ouvrage)
Après la guerre d’Algérie, Daniel Timsit assume des responsabilités dans l’édification de la jeune république algérienne. Suite au coup d’état militaire du 19 juin 1965, il s’installe en France où il exerce sa profession de médecin spécialisé en endocrinologie
Auteur : Daniel Timsit
Titre : Algérie, récit anachronique
Collection :
Escales
ISBN :
2-912946-01-8
Prix : 9,91 €.
13,5x21 cm - 80 pages.
Algérie, récit anachronique
Récit-témoignage de Daniel Timsit sur ses années de combat, de prison, pour l’indépendance d’une Algérie rêvée. Puis, après la libération, la réalité brutale, les luttes de pouvoir, et les déceptions... Un texte d’un ton de vérité unique, sans complaisance et sans amertume.
Daniel Timsit est mort le 2 août 2002
«Il y a tant de morts
Tenant le monde en respect
Que d’ombres
Que de pas
Anciens nous hantent
Dans la cellule
Et la forêt !»