Le Monde – du 9 août 2002

Le rêve d'une Algérie plurielle

SI PEU QUE J'AI CONNU Daniel Timsit comme médecin, comme écrivain, comme politique, il n'était pas de ceux qui se laissent facilement oublier. Il avait, la dernière fois que je l'ai vu, au printemps de cette année qui le vit disparaître vendredi 2 août, quelque chose de déterminé et en même temps d'infiniment fragile.

Daniel Timsit est né à Alger le 16 décembre 1928, dans une famille juive devenue française par le décret Crémieux (1870). Son père est petit commerçant en tissus et sa mère est la fille du grand rabbin de Constantine. Exclu du lycée Bugeaud sous le proconsulat de Weygand qui applique plus sévèrement qu'en France la politique antijuive de Vichy, il peut reprendre ses études après le débarquement allié. C'est alors qu'il milite aux Jeunesses communistes, puis aux étudiants du PCA, où il devient le camarade et l'ami de Maurice Audin et de sa future épouse, Josette Sempe. C'est essentiellement pour se rapprocher de la masse des Algériens qu'il milite dans ce parti. Le 1er mai 1945, il défile à Alger avec les nationalistes. Une semaine après, c'était dans le Constantinois la «répétition générale» de ce qui se produira après le 1er novembre 1954. Etudiant en médecine depuis 1951, il ne renonce aucunement à ses idées. Ses amis de jeunesse s'appellent aussi Kateb Yacine et Mohamed Dib.

Communiste réduit à la clandestinité, Daniel Timsit organise avec les étudiants nationalistes et les disciples européens d'André Mandouze, fort nombreux à la faculté des lettres, la première grève à l'université contre la torture. Nous sommes alors à la fin de 1955. Pendant que Guy Mollet et Robert Lacoste s'enfoncent dans la répression et la torture, Daniel Timsit organise pour le FLN un laboratoire d'explosifs qu'il croit destinés au seul maquis.

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4ème de couverture

«Le jour de mon entrée en prison fut l’un des plus beaux jours de ma vie», écrit Daniel Timsit, juif d’Alger, né en 1928, militant du FLN pour l’indépendance pendant la guerre d’Algérie. Lorsqu’il est jugé en 1956 pour activités séditieuses, l’issue prévisible est la mort. La prison est un miracle.

Daniel Timsit passera le reste de la guerre dans les prisons algériennes, puis françaises. Tout au long de ces années il tient un journal : l’écriture lui donne la force morale de continuer à vivre, à avancer. Au-delà des brimades quotidiennes, des souffrances physiques et morales, la prison est un prolongement du combat et la découverte d’un monde. Dans un climat de grande fraternité, les militants s’organisent, s’informent, préparent l’avenir de l’Algérie. Daniel découvre les hommes auprès desquels et pour lesquels il s’est battu. A travers leurs récits, il apprend à se connaître et mesure la valeur du temps, le sens de la «patience».

Témoignage unique, mise à distance et expression authentique de la souffrance, ce livre aborde les questions les plus existentielles avec une justesse et une humanité qui en font une véritable leçon de vie.

Ali Zamoun



 

Extraits de presse

- Le Nouvel Observateur - n°1946 - semaine du 21 au 27 février
- Le Monde - Du 15 mars 2002
- Libération – du jeudi 11 avril 2002
- Le Monde – du vendredi 9 août 2002

- Libération – Du 11 août 2002

Le Nouvel Observateur N°1946
semaine du 21 au 27 février


Juif d'Alger, médecin et communiste, Daniel Timsit a adhéré au FLN et milité pour l'indépendance algérienne. Arrêté en 1956, puis condamné pour activités séditieuses, il publie aujourd'hui le Journal qu'il a tenu en prison, entre 1956 et 1962. Bouleversant.

Il y eut un temps, sous la III
ème République, où, lorsque l'on parlait d'un Algérien, on voulait dire ce qu'on appellera plus tard un Français d'Algérie, ou, familièrement, un pied-noir. Ces pieds-noirs étaient issus de France, d'Espagne et de Malte. Le gouvernement de la Défense nationale, en 1870, y avait agrégé les juifs «indigènes», qui bénéficièrent de ce cadeau quelque peu empoisonné.

Le FLN, officiellement, ne cessa de dire qu'il tenait les pieds-noirs pour de futurs citoyens algériens. Il publia même (en 1961, si je ne me trompe), en plaquette, une anthologie d'écrivains algériens, y compris le défunt Albert Camus. Elle s'appelait, précisément, «Tous Algériens». La logique coloniale et la logique nationale l'ont finalement emporté. En peu de mois l'immense majorité des Français d'Algérie évacuèrent le pays. Nombre d'entre eux, par exemple Jacques Roseau, décrivirent ensuite une Algérie imaginaire où tous, musulmans, juifs et chrétiens, vivaient dans l'entente la plus cordiale. Seuls les agitateurs du FLN et la perfidie du général de Gaulle avaient mis un terme à cette idylle. D'autres se consolaient de l'effondrement de ce rêve en attribuant la responsabilité de la catastrophe à la seule OAS.

Quand disparut la perspective d'une lutte commune entre le prolétariat «européen» et le prolétariat «arabe»? Je suis tenté de répondre comme Annie Rey-GoIdzeiguer dans un livre intitulé «Aux origines de la guerre d'Algérie» (la Découverte) : lors de l'insurrection avortée de Sétif et des massacres qui s'ensuivirent dans le Nord-Constantinois. Massacres contre massacres. Cela se passait en mai 1945, pendant que se célébrait la victoire sur le nazisme. Albert Camus, dans «Combat», fut un des rares à mesurer la portée de l'événement. Ainsi disparut cette «zone de contact», comme dit Annie Rey-Goidzeiguer, qui aurait pu permettre une évolution pacifique vers l'inéluctable indépendance.


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Etonnant document brut : en romains, les notes quotidiennes de prison, les rêves, les femmes - une d'entre elles, surtout - qu'il a aimées, les portraits des amis, des ennemis, des gardiens (certains ne sont pas des ennemis), les interpellations, d'abord à lui-même : «Je pense : bon Dieu, quelle misère que la lucidité ! Cette obligation de ne rien pouvoir se cacher de soi ni des autres. Commence à être fatigué de marcher sur des épines. Tu l'as choisi, ne te plains pas» ; en italiques, les récits, brefs ou longs, d'une vie antérieure, d'une aventure, de la future Algérie fraternelle.

C'est le Journal d'un jeune juif qui lit et admire la Bible comme il admire Shakespeare, mais qui se compare à Jonas plutôt qu'à Hamlet. C'est le Journal d'un jeune communiste qui admire Maurice Thorez mais qui n'aime pas l'art stalinien pompier.

C'est surtout le Journal d'un jeune homme qui se veut passionnément algérien, qui apprend l'arabe classique en prison, qui adore la langue française mais ne se veut pas français. On suit d'abord de très loin puis de plus en plus près l'évolution politique. Quand comprend-il que l'Algérie ne sera pas plurielle? Lors de journées de décembre 1960 à Alger, avec les manifestations massives, vraiment énormes, de musulmans. Il note le 13 décembre : «Ces journées et celles qui suivront achèvent de rendre irréversible le courant qui porte la nation algérienne à devenir uniquement arabe.» A quoi il faut ajouter : «les Arabes» étaient aussi des Berbères. Daniel Timsit servira l'Algérie indépendant jusqu'en juin 1965. Un beau livre, un grand livre.

Pierre VIDAL-NAQUET

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Maurice Audin, «l’archange»
Arrêté en octobre 1956, il est battu mais non torturé. Quand il est emprisonné à Barberousse, un gardien lui dit : «Tu es grand, on va te raccourcir.» Il échappe pourtant à la condamnation à mort grâce au témoignage en sa faveur de son patron à l'hôpital, le professeur Lévy-Valensi. En prison, à El-Harrach, à Lambèze, à Marseille, à Angers, il rédige son extraordinaire journal, où il note toutes ses lectures, de la Bible à Shakespeare, les mots de ses gardiens, humains ou brutaux, ses amours, ses liens avec sa famille qui ne le renia pas, son apprentissage de l'arabe, ses espérances et ses illusions.

C'est en décembre 1960, aux Petites Baumettes, qu'il comprend qu'il faut renoncer à l'utopie d'une Algérie plurielle pour laquelle Femand Iveton avait donné sa vie et Timsit et Harbi risqué la leur. Ce journal a été publié sans retouches, sous le titre Récits de la longue patience (Bouchène-Flammarion, 2002). C'est dans ce texte qu'il évoque la figure, un «archange» dit-il, de son ami Maurice Audin, «disparu» le 21 juin 1957. Libéré, Daniel Timsit passe à Paris ses derniers examens de médecine et rentre à Alger tenter, sans trop d'illusions, l'expérience fraternelle dont il avait rêvé. Il collabore avec plusieurs ministres, notamment à la réforme agraire. Après le coup d'Etat de juin 1965, il exerce quelques mois comme médecin à Alger, puis quitte le pays et devient à Paris à la fois un spécialiste d'endocrinologie et un généraliste, une sorte de médecin des pauvres comme il y en avait au XIX
e siècle. A la fin de 1960, il épouse Monique Antoine, avocate qui fut constamment - et discrètement - sur la brèche pendant le conflit algérien.

Il devient aussi un écrivain, dont le ton, mêlé de perspicacité, d'ironie et de tendresse, a quelque chose d'unique. Avant le Journal, c'est Algérie, récit anachronique et Suite baroque, histoire de Joseph, Slimane et de nuages (Bouchène, 1998 et 1999). Daniel Timsit revit l'Algérie qu'il a rêvée et qui, peut-être, n'était pas entièrement impossible. Sans doute a-t-elle été tuée en février 1956, quand Guy Mollet capitula devant l'émeute.

Pierre Vidal-Naquet

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Le Monde - du vendredi 15 mars 2002

Un témoignage exceptionnel, d’une force et d’une urgence stupéfiantes, le «journal de prison» que tint entre 1956 et 1962 Daniel Timsit, Récits de la longue patience.
C’est par l’écriture que ce jeune juif d’Alger, étudiant en médecine, militant communiste rallié au FLN, jugé pour sédition et qui échappe «miraculeusement» à la peine capitale, préserve la force morale qui l’anime durant six ans dans les geôles, où il découvre son «identité algérienne» . Un document extraordinaire qui complète Algérien, récit anachronique, paru en 1998 chez Bouchène déjà.

Philippe-Jean Catinchi

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Libération – du jeudi 11 avril 2002

Il avait 15 ans en 1943, il est «juif indigène d’Algérie», sa langue est le français, il est communiste et «un peu bourgeois» de par sa formation de médecin. Pendant plus de cinq ans, dans cinq prisons différentes, il va lutter pour faire tenir ensemble les morceaux de son identité. D’octobre 1956 (arrêté pour avoir fabriqué des explosifs pour le FLN) à mars 1962 (la loi d’amnistie le libère), cet homme remarquable voit sa jeunesse s’enliser. Fidélité à un idéal internationaliste « avant d’être national », fidélité aussi à sa famille, curiosité passionnée pour l’humanité qui l’entoure, travail intellectuel acharné : telles sont ses armes. «Et l’écriture secrète, patiente, obstinée, tissa jour après jour son filet protecteur.»


CL.D

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Libération – du 11 août 2002

L'écrivain qui rêvait d'une Algérie plurielle est mort à 75 ans.

L'Algérie n'aura pas été que son lieu de naissance. Elle aura décidé de l'itinéraire de Daniel Timsit, emporté à 75 ans par une crise cardiaque et enterré mercredi dans l'Ariège. Médecin, écrivain, politique, il vouait un amour profond à l'Algérie. «Mais à une Algérie des humbles, de ces militants de base qui passent toujours à la trappe dans la littérature officielle», remarque l'éditeur Abderrahmane Bouchène en évoquant ce «juste, cette race qui est en train de disparaître mais dont on a tant besoin».

Né en 1928 dans une famille juive à Alger, l'étudiant en médecine s'engage vite auprès des nationalistes algériens. Militant du PCA (Parti communiste algérien), il organise, fin 1955, avec les étudiants nationalistes la première grève contre la torture à l'université. Cet engagement va de pair avec une aide logistique au FLN jusqu'à son arrestation en octobre 1956. Il notera tout de ses années de détention : lectures, rêve de cette Algérie plurielle qui, finalement, ne sera pas... Ce «journal de prison» sera publié quarante ans plus tard, en 2002, aux éditions Bouchène-Flammarion sous le titre Récits de la longue patience, après deux ouvrages, Algérie, récit anachro nique et Suite baroque, histoire de Joseph, Slimane et de nuages (Bouchène, 1998 et 1999).

Illusions, désillusions: Daniel Timsit ne se départira jamais d'une tendresse et d'une lucidité envers l'Algérie où il travailla après l'indépendance, notamment dans la réforme agraire avant d'exercer la médecine à Alger. Rentré à Paris dans les mois qui suivirent le coup d'Etat de 1965, Timsit gardera toujours un intérêt passionné pour ce pays. «Il était, se souvient Abderrahmane Bouchène, très meurtri par ce qu'il s'y passe. C’était très touchant..

José Garçon

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Mais ceux qui vivaient cette solidarité ne disparurent pas du même coup. Minoritaires du côté «arabe», comme Aziz Kessous, ami de Camus, ils étaient aussi très minoritaires du côté pieds-noirs. Certains étaient communistes comme Fernand Iveton, qui fut guillotiné, ou Maurice Audin, qui fut étranglé alors qu'il était détenu par les paras. D'autres étaient chrétiens comme l'abbé Barthez ou Mgr Duval, qui se voyait affublé du sobriquet de Mohamed Duval. Jean-Luc Einaudi s'est attaché à faire revivre quelques-unes de ces figures, dont celle de l'institutrice communiste Lisette Vincent. Il raconte la vie dans «Un rêve algérien», que les PUF viennent de rééditer avec une superbe préface de Mohammed Harbi. Jean Sprecher dans un livre récent («A contre-courant. Etudiants libéraux et progressistes Alger, 1954-1962», Editions Boucherie.), retrace à la fois son propre itinéraire, celui d'un jeune professeur qui fut à Alger l'élève d'André Mandouze, et celui d'un groupe d'étudiants libéraux (pas au sens d'Alain Madelin) qui réussit à obtenir, pendant la guerre, jusqu'à un à un tiers des voix des étudiants de la faculté des lettres d'Alger contre les Lagaillarde et Suzini. Ils étaient, comme le dit l'un d'entre eux, «entre Fanon et Camus».

Je dois cependant l'avouer : le plus beau de tous ces livres, celui qui m'a le plus touché, est le «Journal de prison 1956-1962» de Daniel Timsit. L'homme est extraordinaire. Juif d'Alger, né en 1928, étudiant en dernière année de médecine, jeune communiste, il fut l'ami et le camarade de Maurice Audin, qu'il évoque en ces termes : «Maurice Audin, dès les premiers jours, j'ai vu que c'était un ange - un regard et un front d'intelligence, une bouche et un sourire d'enfant - un ange.» En 1956, par l'intermédiaire de Boualem Oussedik, il adhère directement au FLN et fabrique des explosifs qu'il croit destinés au maquis. Il est arrêté le 8 octobre 1956, battu, mais pas torturé. Son procès dura quatre jours, en mars 1957. «Tu es grand, lui avait-on dit à l'entrée de la prison Barberousse, mais on saura te raccourcir d'une seule tête.» Il fût en fait- grâce au témoignage d’un de ses patrons? – condamné à vingt ans. Il connut les prisons et les bagnes d'Algérie, Barberousse, Maison-Carrée, Lambèse, et de France, les Petites-Baumettes (Marseille) et Angers. Son meilleur ami: Ali Zamoum, extraordinaire personnage que j'ai connu à Alger en 1972, qui fut préfet de Kabylie à l'indépendance, mais passa rapidement à l'opposition.

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L'auteur

Né à Alger en 1928 au sein d’une famille juive de la Casbah. Son grand-père paternel a été d’abord colporteur, puis il eut un étal en basse Casbah, que son père a repris. Son grand-père maternel était grand rabbin de Constantine. Daniel Timsit a suivi l’école primaire du boulevard Gambetta, en lisère de la Casbah. Pour sa famille, l’avenir était à la modernité incarnée par la langue française, l’éducation en français. «1940. Hitler. Le jour de l’armistice, j’avais 12 ans, mon père s’est mis à pleurer ... 1943. Stalingrad à jamais gravé dans nos mémoires... En 1943, j’ai 15 ans. C’est la période des luttes antinazies, du communisme... »
(extraits du prologue de l’ouvrage)

Daniel Timsit commence à militer au sein du parti communiste, d’abord par internationalisme, par antinazisme et par antiracisme. Il poursuit des études supérieures, passe l’externat de médecine. En 1954, il était l’un des responsables des étudiants communistes d’Alger. Le 1
er novembre il n’y avait pas de doutes, la guerre de libération avait commencé, il ne fallait pas que les communistes soient à l’extérieur. Il constitue donc au début de la guerre, dans la clandestinité, une section des étudiants communistes d’Alger, en liaison avec le FLN et met en place un laboratoire de fabrication d’explosifs devant alimenter les maquis du FLN.
Arrêté le 8 octobre 1956 ...

«je suis resté huit jours au commissariat central. Avec stupeur, j’ai découvert la férocité, l’acharnement, je n’ai pas été torturé, j’ai été traité «à l’ancienne». ... ».
(extraits du prologue de l’ouvrage)

Après la guerre d’Algérie, Daniel Timsit assume des responsabilités dans l’édification de la jeune république algérienne. Suite au coup d’état militaire du 19 juin 1965, il s’installe en France où il exerce sa profession de médecin spécialisé en endocrinologie.
     
Daniel Timsit - Récits de la longue patience
  Auteur : Daniel Timsit
Titre : Récits de la longue patience, Journal de prison 1956-1962
Collection : Escales - en coédition avec Flammarion
ISBN : 2-08-068283-0
Prix : 14,79 €.
13,5x21 cm - 192 pages.

Qté
 


Récits de la longue patience,
journal de prison 1956-1962

Introduction
Il y a longtemps, au fil des jours et des nuits de la prison, j’ai écrit ce journal. Pourquoi se ressouvenir de son passé ? Pour vous rendre hommage, mes compagnons sans noms, sans visages, sans histoires, et qui étaient des hommes.
Lieux, temps, visages...
Je raconte l’histoire des prisons, ou plutôt le jeune homme que j’étais raconte cette histoire. Les cinq prisons, les capitales de mon voyage. «Quand un homme meurt, c’est un univers qui disparaît», dit le Coran. Une vie, un univers.
Je raconte mon univers. Je rêvais de cet âge de voyages lointains. Je m’imaginais libre de vivre toutes les aventures. J’aurais vécu enfermé entre murs et grilles.

Les frontières franchies auront été celles de la salle 4 à la salle 6, de la salle12 à la salle 19. mes grands voyages auront consisté à passer de prison en prison. Barberousse, El-Harrach, Lambèse, Les Petites Baumettes, Angers enfin.
La baleine a traversé l’océan...
... et moi nouveau Jonas en son ventre


Daniel Timsit est mort le 2 août 2002  
Timsit
«Il y a tant de morts
Tenant le monde en respect
Que d’ombres
Que de pas
Anciens nous hantent
Dans la cellule
Et la forêt !»

Kateb Yacine
Pour un blessé à mort

Voir aussi les autres ouvrages :
- Algérie, récit anachronique (prix François Billetdoux 1998)
- Suite baroque, histoire de Joseph, Slimane et les nuages