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4ème de couverture
«Le jour de mon entrée en prison fut l’un des plus beaux jours de ma vie», écrit Daniel Timsit, juif d’Alger, né en 1928, militant du FLN pour l’indépendance pendant la guerre d’Algérie. Lorsqu’il est jugé en 1956 pour activités séditieuses, l’issue prévisible est la mort. La prison est un miracle.
Daniel Timsit passera le reste de la guerre dans les prisons algériennes, puis françaises. Tout au long de ces années il tient un journal : l’écriture lui donne la force morale de continuer à vivre, à avancer. Au-delà des brimades quotidiennes, des souffrances physiques et morales, la prison est un prolongement du combat et la découverte d’un monde. Dans un climat de grande fraternité, les militants s’organisent, s’informent, préparent l’avenir de l’Algérie. Daniel découvre les hommes auprès desquels et pour lesquels il s’est battu. A travers leurs récits, il apprend à se connaître et mesure la valeur du temps, le sens de la «patience».
Témoignage unique, mise à distance et expression authentique de la souffrance, ce livre aborde les questions les plus existentielles avec une justesse et une humanité qui en font une véritable leçon de vie.
Ali Zamoun
Extraits de presse
- Le Nouvel Observateur - n°1946 - semaine du 21 au 27 février
- Le Monde - Du 15 mars 2002
- Libération – du jeudi 11 avril 2002
- Le Monde – du vendredi 9 août 2002
- Libération – Du 11 août 2002
Le Nouvel Observateur N°1946
semaine du 21 au 27 février
Juif d'Alger, médecin et communiste, Daniel Timsit a adhéré au FLN et milité pour l'indépendance algérienne. Arrêté en 1956, puis condamné pour activités séditieuses, il publie aujourd'hui le Journal qu'il a tenu en prison, entre 1956 et 1962. Bouleversant.
Il y eut un temps, sous la IIIème République, où, lorsque l'on parlait d'un Algérien, on voulait dire ce qu'on appellera plus tard un Français d'Algérie, ou, familièrement, un pied-noir. Ces pieds-noirs étaient issus de France, d'Espagne et de Malte. Le gouvernement de la Défense nationale, en 1870, y avait agrégé les juifs «indigènes», qui bénéficièrent de ce cadeau quelque peu empoisonné.
Le FLN, officiellement, ne cessa de dire qu'il tenait les pieds-noirs pour de futurs citoyens algériens. Il publia même (en 1961, si je ne me trompe), en plaquette, une anthologie d'écrivains algériens, y compris le défunt Albert Camus. Elle s'appelait, précisément, «Tous Algériens». La logique coloniale et la logique nationale l'ont finalement emporté. En peu de mois l'immense majorité des Français d'Algérie évacuèrent le pays. Nombre d'entre eux, par exemple Jacques Roseau, décrivirent ensuite une Algérie imaginaire où tous, musulmans, juifs et chrétiens, vivaient dans l'entente la plus cordiale. Seuls les agitateurs du FLN et la perfidie du général de Gaulle avaient mis un terme à cette idylle. D'autres se consolaient de l'effondrement de ce rêve en attribuant la responsabilité de la catastrophe à la seule OAS.
Quand disparut la perspective d'une lutte commune entre le prolétariat «européen» et le prolétariat «arabe»
? Je suis tenté de répondre comme Annie Rey-GoIdzeiguer dans un livre intitulé «Aux origines de la guerre d'Algérie» (la Découverte) : lors de l'insurrection avortée de Sétif et des massacres qui s'ensuivirent dans le Nord-Constantinois. Massacres contre massacres. Cela se passait en mai 1945, pendant que se célébrait la victoire sur le nazisme. Albert Camus, dans «Combat», fut un des rares à mesurer la portée de l'événement. Ainsi disparut cette «zone de contact», comme dit Annie Rey-Goidzeiguer, qui aurait pu permettre une évolution pacifique vers l'inéluctable indépendance.
Pierre VIDAL-NAQUET
Pierre Vidal-Naquet
Philippe-Jean Catinchi
Il avait 15 ans en 1943, il est «juif indigène d’Algérie», sa langue est le français, il est communiste et «un peu bourgeois» de par sa formation de médecin. Pendant plus de cinq ans, dans cinq prisons différentes, il va lutter pour faire tenir ensemble les morceaux de son identité. D’octobre 1956 (arrêté pour avoir fabriqué des explosifs pour le FLN) à mars 1962 (la loi d’amnistie le libère), cet homme remarquable voit sa jeunesse s’enliser. Fidélité à un idéal internationaliste « avant d’être national », fidélité aussi à sa famille, curiosité passionnée pour l’humanité qui l’entoure, travail intellectuel acharné : telles sont ses armes. «Et l’écriture secrète, patiente, obstinée, tissa jour après jour son filet protecteur.»
CL.D
Libération – du 11 août 2002
L'Algérie n'aura pas été que son lieu de naissance. Elle aura décidé de l'itinéraire de Daniel Timsit, emporté à 75 ans par une crise cardiaque et enterré mercredi dans l'Ariège. Médecin, écrivain, politique, il vouait un amour profond à l'Algérie. «Mais à une Algérie des humbles, de ces militants de base qui passent toujours à la trappe dans la littérature officielle», remarque l'éditeur Abderrahmane Bouchène en évoquant ce «juste, cette race qui est en train de disparaître mais dont on a tant besoin».
Né en 1928 dans une famille juive à Alger, l'étudiant en médecine s'engage vite auprès des nationalistes algériens. Militant du PCA (Parti communiste algérien), il organise, fin 1955, avec les étudiants nationalistes la première grève contre la torture à l'université. Cet engagement va de pair avec une aide logistique au FLN jusqu'à son arrestation en octobre 1956. Il notera tout de ses années de détention : lectures, rêve de cette Algérie plurielle qui, finalement, ne sera pas... Ce «journal de prison» sera publié quarante ans plus tard, en 2002, aux éditions Bouchène-Flammarion sous le titre Récits de la longue patience, après deux ouvrages, Algérie, récit anachro nique et Suite baroque, histoire de Joseph, Slimane et de nuages (Bouchène, 1998 et 1999).
Illusions, désillusions
: Daniel Timsit ne se départira jamais d'une tendresse et d'une lucidité envers l'Algérie où il travailla après l'indépendance, notamment dans la réforme agraire avant d'exercer la médecine à Alger. Rentré à Paris dans les mois qui suivirent le coup d'Etat de 1965, Timsit gardera toujours un intérêt passionné pour ce pays. «Il était, se souvient Abderrahmane Bouchène, très meurtri par ce qu'il s'y passe. C’était très touchant.. .»
José Garçon
Mais ceux qui vivaient cette solidarité ne disparurent pas du même coup. Minoritaires du côté «arabe», comme Aziz Kessous, ami de Camus, ils étaient aussi très minoritaires du côté pieds-noirs. Certains étaient communistes comme Fernand Iveton, qui fut guillotiné, ou Maurice Audin, qui fut étranglé alors qu'il était détenu par les paras. D'autres étaient chrétiens comme l'abbé Barthez ou Mgr Duval, qui se voyait affublé du sobriquet de Mohamed Duval. Jean-Luc Einaudi s'est attaché à faire revivre quelques-unes de ces figures, dont celle de l'institutrice communiste Lisette Vincent. Il raconte la vie dans «Un rêve algérien», que les PUF viennent de rééditer avec une superbe préface de Mohammed Harbi. Jean Sprecher dans un livre récent («A contre-courant. Etudiants libéraux et progressistes Alger, 1954-1962», Editions Boucherie.), retrace à la fois son propre itinéraire, celui d'un jeune professeur qui fut à Alger l'élève d'André Mandouze, et celui d'un groupe d'étudiants libéraux (pas au sens d'Alain Madelin) qui réussit à obtenir, pendant la guerre, jusqu'à un à un tiers des voix des étudiants de la faculté des lettres d'Alger contre les Lagaillarde et Suzini. Ils étaient, comme le dit l'un d'entre eux, «entre Fanon et Camus».
Je dois cependant l'avouer : le plus beau de tous ces livres, celui qui m'a le plus touché, est le «Journal de prison 1956-1962» de Daniel Timsit. L'homme est extraordinaire. Juif d'Alger, né en 1928, étudiant en dernière année de médecine, jeune communiste, il fut l'ami et le camarade de Maurice Audin, qu'il évoque en ces termes : «Maurice Audin, dès les premiers jours, j'ai vu que c'était un ange - un regard et un front d'intelligence, une bouche et un sourire d'enfant - un ange.» En 1956, par l'intermédiaire de Boualem Oussedik, il adhère directement au FLN et fabrique des explosifs qu'il croit destinés au maquis. Il est arrêté le 8 octobre 1956, battu, mais pas torturé. Son procès dura quatre jours, en mars 1957. «Tu es grand, lui avait-on dit à l'entrée de la prison Barberousse, mais on saura te raccourcir d'une seule tête.» Il fût en fait- grâce au témoignage d’un de ses patrons
? – condamné à vingt ans. Il connut les prisons et les bagnes d'Algérie, Barberousse, Maison-Carrée, Lambèse, et de France, les Petites-Baumettes (Marseille) et Angers. Son meilleur ami
: Ali Zamoum, extraordinaire personnage que j'ai connu à Alger en 1972, qui fut préfet de Kabylie à l'indépendance, mais passa rapidement à l'opposition.
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Voir aussi les autres ouvrages : - Algérie, récit anachronique (prix François Billetdoux 1998) - Suite baroque, histoire de Joseph, Slimane et les nuages |
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