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La revue de presse
Formidable plongée dans Alger que cette chronique urbaine – à tous les sens du terme – d’un architecte suisse, arrivé en 1956 au pied de la Casbah et qui passera là, dans les méandres et la lumière d’El Djezaïr, quarante ans de sa vie. On entre dans ce livre, scandé de photos, de dessins et de plans, comme on part en voyage, de la rue Shakespeare au boulevard du Telemly, au ravin de la femme sauvage au quartier de Bab El Oued. On y croise l’architecte Pouillon, mais aussi l’écrivain Mouloud Mammeri et l’ancien porteur de valises Jean-Marie Boëglin. On y voit l’Algérie de Boumediène et celle, si proche, de la montée en puissance des islamistes, comme jamais on ne les avait vues.
Catherine Simon
La revue de presse
D’entrée, Jean-Jacques Deluz annonce son parti pris : «Alger est ma ville d'adoption. C’est celle que j’aime et que je connais plus que toutes les autres. Elle a été ma vie, avec les amertumes et les bonheurs qui en font le sel ». Ce rapport-passion de plus de quarante ans fait de Alger, chronique urbaine un livre d'architecture aussi particulier que personnel, presque austère aussi. Débarqué en 1956 dans la capitale algérienne, cet architecte suisse publia en 1988 un premier livre « Sans état d'âme ». Une décennie plus tard, il décide de le compléter par une vision plus subjective, impliquant son expérience - «j’ai fait un peu de tout à Alger, de l’enseignement, de l'urbanisme, de l'architecture» -, ses souvenirs et ses déceptions.
La baie - l'une des « trois plus belles du monde avec Rio et Istambul », selon l'architecte italien Moretti - y est sublime. L'arrivée par mer aussi. «C'est comme dans un film, écrit Deluz, Les passagers se regroupent le long des bastingages pour découvrir la ville promise au loin. Les détails se dessinent, la ville nous enveloppe et la lumière, les couleurs, l'incroyable mélange d'unité et de diversité nous subjuguent ». Pourtant, Alger dépérit, capitale sale, délabrée, saccagée qu'on repeint à la va-vite quand il faut faire illusion, mais qui, plus que toute autre, fascine. «La ville s'abîme car il n'y a pas de bons gestionnaires urbains et que les problèmes sociaux et démographiques dépassent les capacités de l'économie telle qu'elle est gérée», diagnostique Deluz qui insiste aussi sur «le climat d'acculturation générale crée par la période récente, douze ans d'isolement, de massacres, de jeunes coupés de tout sauf de la télévision».
La dégradation n'a pourtant pas commencé avec la guerre civile de 1992. Un an après l'indépendance, en 1963, c'est le vide. «Il y a un seul architecte algérien et une vingtaine d'architectes français qui, pour la plupart, partirent dans les deux ans qui suivirent», raconte Deluz. La machine étatique soutenue par la prospérité pétrolière s'orienta vers le modèle socialiste d'industrialisation et d'urbanisation. C'est le temps de l’opération «carcasses» où l'on construit dans la couronne d'Alger des bâtiments en panneaux préfabriqués rangés comme des boîtes, alignés sans la moindre fantaisie. Des no man's land dans lesquels on se perd dans un ennui écrasant, « à l'inverse des médinas où on se perd, mais on se retrouve».
La revue de presse
Ce livre est inclassable : foisonnant, riche, tirant sa matière d’Alger avec sa topographie, ses bâtiments, sa Casbah, son histoire, mais également et surtout de l'auteur qui y transporte sa mémoire et ses souvenirs de la ville où il débarque en 1936 pour en faire son port d'attache jusqu'en 1993 date à laquelle il fut contraint de partir.
Deluz avait travaillé à l’Agence du Plan d’Alger avant d'ouvrir son bureau d'architecte en 1963, c'est dire s'il connaît chaque recoin de la ville, l'ombre de chaque maison.
Rédigé entre 1999 et 2000, le texte est une magnifique promenade qui nous mène au travers des rues et des souvenirs sinueux de l'auteur à qui rien n'échappe du paysage urbain. Au passage, on rencontrera toutes les grandes questions que se sont posées l'architecture et l'urbanisme au cours du XXe siècle.
Editions Bouchêne, 2001,
La revue de presse
Le livre que publie Bouchène est un passionnant plaidoyer pour Alger, qui en a vu de toutes les couleurs c’est le récit d’un architecte suisse et algérois pur jus, Inventif et énergique, chroniqueur chaleureux et optimiste fasciné par Alger dont il écrit d’abord ceci : «Alger est ma ville d’adoption c’est celle que j’aime et je connais plus que toutes les autres. Elle a été me vie, avec les amertumes et les bonheurs qui en font le sel.» J. J. Deluz met beaucoup de cœur et d’amour pour rendre un vrai hommage à sa ville d’adoption où il a débarqué en 1956 juste après avoir obtenu son diplôme. Il se forme à l’urbanisme à l’Agence du Plan d’Alger et ouvre son propre cabinet d’architecture après l’indépendance. De 1993 à 1997, il est poussé hors du pays par les hordes islamistes comme beaucoup d’autres. Et quand il y revient, se carrière d’architecte et de peintre (confidentiel) repart de nouveau.
Ce qui est passionnant dans cet ouvrage, c’est que l’auteur parle de l’urbanisme et de l’architecture d’Alger tout en racontant se vie, en parcourant les quartiers de la ville blanche, en donnant des détails inédits sur chaque coin de rue qu’on croyait si bien connaître. On voit l’histoire de la construction d’Alger en scope et en hauteurs, quartier par quartier, on voit toute la grande ville en mouvement, en perpétuel devenir (il n’est pas encore né le bâtisseur qui dira qu’il a mis un point final à l’évolution d’Alger). Quand on arrive en bateau dans la rade, scène grandiose maintes fois décrite et filmée, ce qu’on voit, c’est la façade coloniale d’Alger. Par avion, ce sont les collines verdoyantes et les sites industriels. Dans son livre, Deluz montre comment l’urbanisme (pas toujours joyeux) grignote tous ces sites, ces forêts, ces bords de mer, ces rivières. L’architecte observe attentivement tout ça avec un regard multiple. Un regard de proximité, très proche des gens et de leur environnement : le voisinage de sa cité avant qu’il ne déménage (après avoir été cambriolé !), les petites maisons, les intérieurs, les patios et même les couloirs et les chambres. Par ailleurs, dans les quartiers qu’il aime comme La Madrague, il est évidemment question des restos de poisson... Un regard englobant ; cela permet à l’auteur de dégager les grands axes, les grandes structures d’Alger, les axes de communication qui ne datent pas d’aujourd’hui. C’est passionnant. Tout d’un coup on découvre l’armature fantastique d’Alger qui est tout sauf chaotique comme on le pense souvent à tort. Deluz rappelle que jadis, la rue Didouche était un chemin de mules, que la Moutonnière était le chemin des moutons, que le marché d’El Harrach a, depuis des siècles, été un marché à bestiaux.
José Garçon
Le rôle de l’architecte dans tout ça n’est pas toujours très drôle. Il est à la fois grandiose et pathétique, comme le souligne Deluz. Grandiose, car d’un seul trait de crayon, l’architecte peut sortir une cité de terre, avec des milliers de personnes qui vont habiter dedans. D’un trait de plume, il peut décider de la vie de tous ces gens. Du temps de la colonisation, on faisait des cités pour riches et des cités pour pauvres. Après l’indépendance, toutes les cités ont tendance à être vouées à la pauvreté, même si le projet initial est souvent diamétralement différent. C’est ça le côté pathétique de la fonction de l’architecte et de l’urbaniste quand ils sont bloqués par les bureaucrates et qu’ils ne peuvent pas aller au bout de leur idée initiale. Le résultat, en effet, est rarement à la hauteur de l’imagination.
Par Azzedîne Mabroukî
Revue de presse
Jean Jacques Deluz est arrivé de sa Suisse natale en 1956, pour travailler à l’agence du plan d’Alger comme architecte. Il n’a, depuis, jamais quitté sa vie d’adoption, sauf un court intervalle dans les années 1990, au plus fort des attentats terroristes. Il nous donne là ses rêveries et ses souvenirs d’un promeneur, nous emmenant avec lui au travers de la ville qu’il connaît le mieux au monde, illustrant ses propos de ses photographies et croquis d’architecte. L’écouter est une chance inestimable, car les archives de l’Agence du Plan sont perdues, celles de Jean-Jacques Deluz ont disparues, celles de la Direction de l’urbanisme ne s’entrouvrent, comme dans les Mille et Une nuits, qu’à celles ou ceux qui ont le mot de passe. Nous sommes à Alger dans une métropole internationale, mais aussi en Orient.
Les chapitres de l’ouvrage s’ordonnent en itinéraire, de la Concorde aux Carrières Jaubert, de la Place du Corsaire aux Arcades, au Beau Fraisier, au Front de Mer, au Ravin de la Femme sauvage, aux Tagarins, de Bab El Oued à El Biar par le Boulevard du Télemly, et bien ailleurs encore. L’auteur, urbaniste de renom qui a couru le monde, conte à l’arabe, digresse, divague, enchaînant ses propos au gré du paysage et de l’humeur du temps.
Mais prenez garde. Sa mémoire est redoutable, son regard acéré, ses récits des informations précises, nourries d’érudition et de technicité ? C’est toute l’histoire de la ville d’Alger et de ses extensions, de ses populations disparates, des hommes qui l’ont gouvernée, des organismes qui se sont succédés, de l’Agence du Plan au Gouvernorat du Grand Alger. Dans la tradition des grands architectes qui fut celle du Corbusier, Jean-Jacques Deluz parle avec des mots simples et ne se donne pas pour un savant. Il n’a pas voulu que figure un index. Le lecteur, sous le charme, n’en éprouvera pas le besoin. L’historien, le géographe urbain, le sociologue, construiront chacun le sien.
Jean-Louis PLANCHE
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