4ème de couverture

Etudier l'Ordre et Malte à cette période, c'est voir l'extraordinaire transformation d'un ordre monastique et chevaleresque en une principauté au cœur de la Méditerranée, enjeu diplomatique entre des puissances aussi diverses que la France, l'Espagne, le royaume de Naples, le Saint-Empire et la Russie; c'est voir, résumé en un infime point de la carte européenne, toutes les luttes entre ces puissances, mais aussi tous les combats intellectuels qui animaient alors les sociétés, les Etats et l'Eglise; c'est voir aussi la transformation d'un îlot stérile en un entrepôt essentiel pour le commerce européen, et principalement marseillais.

De cette double évolution naquit ce qui allait être fatal à l'Ordre : organisation obsolète dans un monde de plus en plus laïcisé, il gênait autant les Etats que les Maltais soucieux de commercer librement en Méditerranée.

Littéralement porté à bout de bras par la monarchie française qui en tirait toutes sortes d'avantages, la Révolution française qui mit fin à l'Ancien Régime français sonna le glas de la présence des Hospitaliers à Malte. Tandis que la Russie et l'Angleterre cherchaient à s'emparer de l'île, Bonaparte crut les avoir pris de vitesse en mettant fin, sur sa route vers l'Egypte, à la vieille milice hospitalière en 1798. Mais le Directoire était alors incapable de se maintenir à Malte, et après deux ans d'occupation, force fut faite aux Français d'abandonner l'île et de la laisser à l'Angleterre dont l'Amirauté ne voulait guère, mais dont la City avait compris l'énorme intérêt

Miroir brisé de la noblesse européenne qui renvoyait l'image de privilégiés dépassés par l'histoire, l'Ordre avait néanmoins su moderniser un minuscule archipel qui devint, durant deux siècles, le maillon essentiel du commerce levantin, d'abord de la France, puis de l'Angleterre.

 

     
Anne Brogini  - 1565 Malte dans la tourmente  Le «Grand Siège» de l'île par les Turcs
  Auteur : Anne Brogini
Titre : 1565 Malte dans la tourmente
Le «Grand Siège» de l'île par les Turcs

Collection :
Bibliothèque Méditerranée
ISBN : 978-2-35676-022-7
Prix : 25 €.
15,5x25 cm - 256 pages

Qté
 


1565 Malte dans la tourmente
Le «Grand Siège» de l'île par les Turcs

En 1565, de mai à septembre, une gigantesque flotte turque assiège Malte, petite île située au sud de la Sicile, qui devient le théâtre inattendu d’une des étapes de l’affrontement séculaire entre les empires espagnol et ottoman pour la maîtrise de la Méditerranée. L’île a été concédée en fief à l’Ordre de Saint-Jean de Jérusalem par l’Empereur Charles Quint en 1530, après que l’Ordre a été chassé de Rhodes par le sultan Soliman le Magnifique en 1522. Quand les chevaliers s’y installent, Malte se trouve depuis déjà trois siècles dans l’orbite aragonaise, puis espagnole, et joue pauvrement le rôle de garde-fou de la Sicile, qui approvisionne en blé l’Espagne et la plupart des marchés de l’Europe du sud. La nouvelle inféodation de l’Ordre à la Monarchie Catholique, que suppose la donation de Malte, contraint les chevaliers à soutenir toutes les entreprises espagnoles, et plus largement chrétiennes en Méditerranée, dans le cadre d’une guerre religieuse menée contre l’Islam, tant par le biais de batailles navales que par celui d’une guerre de course qui se déploie notamment au large des côtes africaines.
Dans ces conditions, Malte ne peut qu’attirer progressivement les regards musulmans, surtout barbaresques, au point de devenir un enjeu militaire. Au matin du 18 mai 1565, chevaliers et Maltais découvrent à l’embouchure du port une flotte composée de plus de deux cents voiles et de 30 000 soldats turcs et barbaresques; face aux assaillants, l’Ordre ne peut aligner, le long de ses remparts, qu’une poignée de chevaliers commandant à moins de 10 000 chrétiens insulaires et étrangers. Quatre mois durant, la résistance acharnée de l’île, qui attend un secours chrétien promis, mais tardif, transforme ce qui aurait pu n’être qu’un fait d’armes parmi d’autres, en un événement véritable de la Méditerranée moderne. Les conséquences du «Grand Siège» de Malte sont en effet considérables : pour l’Ordre, qui se réapproprie une image de croisé victorieux, pour Malte qui devient l’incarnation de la résistance chrétienne, ainsi que son rempart fortifié et symbolique, et pour la Méditerranée occidentale où se dessine une nouvelle géopolitique. Car ce qui s’est joué à Malte en 1565, c’est bien la définition, puis la stabilisation au Ponant, d’une frontière maritime entre les rives, qui définit les aires d’influence maritimes des chrétiens et des musulmans et qui transforme l’île en un lieu stratégique de la Méditerranée.

Agrégée d’histoire, ancienne membre de l’École française de Rome, Anne Brogini est Maître de conférences en histoire moderne à l’Université de Nice Sophia-Antipolis. Ses travaux scientifiques portent sur le concept de frontière, sur les différentes relations entre chrétiens et musulmans en Méditerranée et sur les ordres militaires et religieux.