4ème de couverture
Ce livre se propose de saisir une identité complexe- fondée sur la
religion, entendue à la fois comme loi qui réunit morale et droit, mais aussi relation personnelle avec la divinité, jusqu’à l’union mystique – celle des juifs siciliens, englobés par la reconquête normande, entre 1060 et 1090, et dans un Etat monarchique intégrant sous sa domination musulmans et juifs.
Ancré dans un passé linguistique qu’il n’a pas renié, le judaïsme sicilien prolonge pendant quatre siècles, jusqu’en 1492, l’usage de l’arabe, langue écrite et parlée, qui l’identifie et le protège. C’est un fait unique dans l’Europe du Moyen Âge, jusqu’à l’expulsion de 1492, décidée en Espagne contre l’avis des Siciliens.
Les juifs de Sicile ont maintenu également l’onomastique arabe et des structures de parenté proches de celles du monde maghrébin. Des fonctions économiques traditionnelles – médecine, artisanat, petit commerce – ont permis des relations de collaboration avec l’environnement chrétien et émoussé les tensions. La protection royale et la pleine citoyenneté des villes où les juifs résident ont fait de la Sicile une terre d’immigration, de fidélité religieuse et un creuset des savoirs.
L’étude de l’abondante documentation sicilienne, des registres de notaires et de chancellerie, illustre cette longue et originale survie d’un judaïsme arabophone et offre un exemple précoce de fidélité aux engagements du droit, sur le chemin de la tolérance.
Extraits de presse
L’Histoire N° 264 AVRIL 2002
Quand les juifs parlaient arabe
Jusqu'en 1492, la Sicile se caractérise par l'importance numérique et la cohésion identitaire de sa communauté juive : constamment renouvelée par l'immigration, celle-ci représente sans doute près de 5 % de la population sicilienne, ce qui constitue le pourcentage le plus élevé de tout le monde latin médiéval.

Fin connaisseur du monde sicilien, Henri Bresc nous ouvre les portes de cette communauté originale de médecins, d'artisans et de petits négociants, regroupés dans une quarantaine de bourgs. A la particularité religieuse les Juifs de Sicile ajoutent une spécificité linguistique : ils n'ont jamais renoncé à l'usage de la langue arabe.

Henri Bresc décrit minutieusement, dans ce livre attachant et très documenté, l'existence de ces Juifs arabophones vivant dans des quartiers séparés, mais côtoyant les autres Siciliens dans une promiscuité relativement pacifique. Sur le plan juridique, ils jouissent à la fois de la protection royale et de la citoyenneté pleine et entière.

Leur culture matérielle témoigne surtout de leur acculturation. Les clercs se plaignent amèrement du fait que rien, dans leur vêtement ou dans le port de la barbe, ne les distingue des autres habitants.

Le judaïsme sicilien ne s'est pas pour autant complètement fondu dans la société chrétienne. Pourquoi ? Sans doute — c'est du moins l'hypothèse séduisante d'Henri Bresc — parce que la survie de la langue arabe lui a servi de «première ligne d'identification et de défense».

Moins brillante sur le plan intellectuel que la communauté juive d'Espagne, la communauté sicilienne n'a pas eu non plus à subir les conversions de masse qui caractérisent, à partir du XIV
e siècle, l’ensemble du judaïsme européen.

Adaptant leurs traditions pour accomplir, du point de vue de la vie quotidienne, une acculturation relativement harmonieuse, les Juifs de Sicile ont su faire de leur culture et de leur langue une «carapace identitaire».
     
Henri Bresc - Arabes de langue, Juifs de religion
  Auteur : Henri Bresc
Titre : Arabes de langue,
            Juifs de religion

L’évolution du judaïsme sicilien dans l’environnement latin,
XII
e -XV e siècles.
Collection :
Bibliothèque de la Méditerranée
ISBN : 2-912946-39-5
Prix : 33,5 €
16x24 cm - 250 pages

Qté
 

Arabes de langue, Juifs de religion

Ce livre se propose de saisir une identité complexe – fondée sur la religion, entendue à la fois comme loi qui réunit morale et droit, mais aussi relation personnelle avec la divinité, jusqu’à l’union mystique – celle des juifs siciliens, englobés par la reconquête normande, entre 1060 et 1090, et dans un Etat monarchique intégrant sous sa domination musulmans et juifs.
Ancré dans un passé linguistique qu’il n’a pas renié, le judaïsme sicilien prolonge pendant quatre siècles, jusqu’en 1492, l’usage de l’arabe, langue écrite et parlée, qui l’identifie et le protège. C’est un fait unique dans l’Europe et du Moyen Âge, jusqu’à l’expulsion de 1492, décidée en Espagne contre l’avis des Siciliens...