Extrait de presse

Hommes et migrations - Avril 2003

De Youcef Sebti, poète algérien assassiné le 27 décembre 1993, Jean Sénac disait : “Ce brasier fraternel s’arc-boute à la dénonciation, la colère, la profanation des tabous, une ironie grinçante. Révolte en forme de bistouri qui, d’abcès en abcès, s’achemine vers une hypothétique santé”. À lire, aujourd’hui, ce recueil de poèmes écrits entre septembre 1962, au lendemain de la guerre de libération - “je n’ai pas fait la guerre, elle m’a fait”- et octobre 1966, seize mois après le coup d’Etat de Boumediene, le chemin de cette “santé hypothétique” paraît introuvable.
La poésie de Sebti est sans concession ni lyrisme pour ce monde qui “rend fou”. La haine, née du colonialisme, de la guerre, de la bureaucratie, des interdits, de l’injustice, celle faite aux femmes et aux miséreux, devient ici sauvagement nourricière. Lus après les années meurtrières qui ont ensanglanté l’Algérie, les mots libèrent de terribles et prémonitoires images, exhalent des visions hallucinées. Pourtant et toujours le poète reste en quête de sens : “Patiemment / criblé / assailli / j’ai / couru / à l’affût de l’espoir”. Mais où se niche-t-il cet espoir ? Dans la folie ? “Je ne suis qu’un demi cinglé. / Les cinglés ont leur monde / leur vie, leur existence / qui des vivants sur terre est le plus fou ?”. Dans la dénonciation aux accents rimbaldiens de la tyrannie et de l’hypocrisie d’un ordre social et moral où “seule la vieille putain reste hospitalière”? Sûrement dans le refus de la haine même : “haïr ma haine / haïr ceux qui nous pillent / haïr ceux qui nous tuent / haïr ceux qui torturent / haïr haïr jusqu’au bout de la haine / te haïr ma haine”.

Mustapha Harzoune
[23/04/2003]

 

     
Youcef Sebti - L’enfer et la folie
 

Auteur : Malek Haddad
Titre : L’enfer et la folie
Collection : Poésie
ISBN : 2-912946-66-2
Prix : 10 €.
14,5x21 cm. 96 pages.

Qté
 


L’enfer et la folie

L’Enfer et la folie est paru en 1982 (SNED, Alger).
Youcef Sebti n’a jusqu’à ce jour publié qu’un seul recueil,
L’Enfer et la Folie. C’est une sorte de journal de bord (septembre 62-octobre 66)
où sont consignés les souvenirs de la guerre et les désarrois d’une jeunesse.
Le regard sur la guerre est loin d’être une rétrospective triomphaliste ou discursive ;
au lieu du discours guerrier, c’est la poésie intransigeante et totale
qui se tient aux détours imprévisibles de l’événement
pour faire feu
de ses mots rouges.
L’Enfer et la Folie, aux accents parfois rimbaldiens,
est un recueil d’une grande densité où des poèmes éclatent
sous l’afflux de la douleur et du cri.
Poèmes d’impatience qui ne tolèrent ni le doute ni la retenue, qui brisent
leur propre cadence pour rythmer ce monde à venir
qui redonnera la saveur aux choses et
aux mots.

Tahar Djaout
assassiné le 26 mai 1993
Youcef Sebti, assassiné le 27 décembre 1993.


Poète, penseur et critique littéraire

Né le 24 février 1943 à Boudious (près d’El Milia) dans une famille de petite bourgeoisie rurale. Lycée d’enseignement franco-musulman de Constantine. Etudes d’agronomie et de sociologie. Passe quelque temps à l’hôpital psychiatrique de Kouba (Alger). Chimiste dans les usines de la SNOLCO. Enseignant à l’école d’agriculture de Skikda. A partir de 1969, enseignant à l’Institut agronomique d’El Harrach, où il consacrera pratiquement la moitié de sa vie à l’enseignement et à la recherche.
Poète et écrivain libre, personnalité forte et originale par ses idées, président du comité des sages de l’INA, Sebti s’activait inlassablement au niveau de plusieurs revues scientifiques et culturelles ainsi que des mass media tant au plan national qu’international.


Dans la nuit du 27 au 28 décembre 1993, des mains criminelles ont prématurément mis fin à la vie de Youcef Sebti.