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Extrait de presse
De Youcef Sebti, poète algérien assassiné le 27 décembre 1993, Jean Sénac disait : “Ce brasier fraternel s’arc-boute à la dénonciation, la colère, la profanation des tabous, une ironie grinçante. Révolte en forme de bistouri qui, d’abcès en abcès, s’achemine vers une hypothétique santé”. À lire, aujourd’hui, ce recueil de poèmes écrits entre septembre 1962, au lendemain de la guerre de libération - “je n’ai pas fait la guerre, elle m’a fait”- et octobre 1966, seize mois après le coup d’Etat de Boumediene, le chemin de cette “santé hypothétique” paraît introuvable.
La poésie de Sebti est sans concession ni lyrisme pour ce monde qui “rend fou”. La haine, née du colonialisme, de la guerre, de la bureaucratie, des interdits, de l’injustice, celle faite aux femmes et aux miséreux, devient ici sauvagement nourricière. Lus après les années meurtrières qui ont ensanglanté l’Algérie, les mots libèrent de terribles et prémonitoires images, exhalent des visions hallucinées. Pourtant et toujours le poète reste en quête de sens : “Patiemment / criblé / assailli / j’ai / couru / à l’affût de l’espoir”. Mais où se niche-t-il cet espoir ? Dans la folie ? “Je ne suis qu’un demi cinglé. / Les cinglés ont leur monde / leur vie, leur existence / qui des vivants sur terre est le plus fou ?”. Dans la dénonciation aux accents rimbaldiens de la tyrannie et de l’hypocrisie d’un ordre social et moral où “seule la vieille putain reste hospitalière”? Sûrement dans le refus de la haine même : “haïr ma haine / haïr ceux qui nous pillent / haïr ceux qui nous tuent / haïr ceux qui torturent / haïr haïr jusqu’au bout de la haine / te haïr ma haine”.
Mustapha Harzoune
[23/04/2003]
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