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Auteur : |
Daniel
Timsit |
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Titre : |
Suite
baroque, Histoires de Joseph, Slimane et des nuages |
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Collection : |
Escales |
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Résumé : |
Second récit de Daniel Timsit qui poursuit sa longue réflexion, très romancée, sur le temps des années de guerre en Algérie, des années des désillusions et des résistances dérisoires, puis, loin du pays, le temps où il faut continuer à vivre et à aimer. |
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ISBN : |
2-912946-09-3 |
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Prix : |
14,79
€. 13,5x21 cm. 192 pages. |
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C’est en 1957 que j’ai rencontré pour la première fois Daniel Timsit. Nous étions en pleine guerre. L’Algérie accouchait de son histoire dans la souffrance, le sang et la mort. Dans la salle 8 du Groupe pénitentiaire de Maison-Carrée, ou plus familièrement des Quatre Hectares comme le nommaient les Algériens pensionnaires, je vis un jour entrer ce nouveau locataire de ce pénitencier déjà célèbre. Tout de suite, je remarquai que c’était un Blanc. Crâne rasé, boule à zéro, d’un côté le paquetage sous un bras, de l’autre une paire de godasses suspendue à son épaule.
Par quel cheminement était-il venu se mêler à notre problème à nous, Arabes ou Berbères, noirs ou basanés, indigènes, les damnés de la terre ? Une chose était certaine, pourtant, il était des nôtres. Et tout naturellement il s’est intégré à nous.
Daniel Timsit qui porte n nom bien berbère – petite flamme en tamazigh – est un témoin vivant de l’Algérie de toujours.
Ce n’est qu’un roman, dit-il. Un moment, certes, mais un peu autobiographique, un peu véridique et si certaines histoires ont été bien reconstruites, dans l’ensemble, ce qu’il en dit reflète bien ce qu’a été sa vie. Littérature agréable à lire, sur quoi ricochent des histoires vécues, à peine maquillées, nostalgiques sur fond de tristesse. C’est quoi ce livre au juste ?
Un chant à la vie ?
C’est quoi la vie en fin de compte ?
Ali Zamoun |
Algérie, récit anachronique | |
Récits de la longue patience, carnets de prison – 1956-1962 |
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« Il y a
tant de morts Tenant le monde
en respect Que d’ombres Que de pas Anciens nous
hantent Dans la cellule Et la
forêt ! »
Kateb Yacine Pour un blessé à mort
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- vendredi 9 août 2002
Le
rêve d'une Algérie plurielle
SI PEU QUE J'AI CONNU Daniel Timsit
comme médecin, comme écrivain, comme politique, il n'était pas de ceux qui
se laissent facilement oublier. Il avait, la dernière fois que je l'ai vu, au
printemps de cette année qui le vit disparaître vendredi 2 août, quelque
chose de déterminé et en même temps d'infiniment fragile.
Daniel Timsit est né à Alger le 16 décembre 1928,
dans une famille juive
devenue française par le décret
Crémieux (1870). Son père est petit commerçant en tissus et sa mère
est la fille du grand rabbin de Constantine. Exclu du lycée Bugeaud sous le
proconsulat de Weygand qui applique plus sévèrement qu'en France la
politique antijuive de Vichy, il peut reprendre ses études après le
débarquement allié. C'est alors qu'il milite aux Jeunesses communistes, puis
aux étudiants du PCA, où il devient le camarade et l'ami de Maurice Audin et
de sa future épouse, Josette Sempe. C'est essentiellement pour se rapprocher
de la masse des Algériens qu'il milite dans ce parti. Le 1er mai
1945, il défile à Alger avec les nationalistes. Une semaine après, c'était
dans le Constantinois la « répétition générale » de ce qui se
produira après le 1er novembre 1954. Etudiant en médecine depuis
1951, il ne renonce aucunement à ses idées. Ses amis de jeunesse s'appellent
aussi Kateb Yacine et Mohamed Dib.
Communiste réduit à la
clandestinité, Daniel Timsit organise avec les étudiants nationalistes et
les disciples européens d'André Mandouze, fort nombreux à la faculté des
lettres, la première grève à l'université contre la torture. Nous sommes alors à la fin de
1955. Pendant que Guy Mollet et Robert Lacoste s'enfoncent dans la répression
et la torture, Daniel Timsit organise pour le FLN un laboratoire d'explosifs
qu'il croit destinés au seul maquis.
Maurice Audin, « l’archange »
Arrêté en octobre 1956,
il est battu
mais non torturé. Quand il est emprisonné à Barberousse, un gardien lui dit
: « Tu es grand, on va te raccourcir. » Il échappe
pourtant à la condamnation à mort grâce au témoignage en sa faveur de son
patron à l'hôpital, le professeur Lévy-Valensi. En prison, à El-Harrach, à Lambèze,
à Marseille, à Angers, il rédige son extraordinaire journal, où il note
toutes ses lectures, de la Bible à Shakespeare, les mots de ses gardiens,
humains ou brutaux, ses amours, ses liens avec sa famille qui ne le renia pas,
son apprentissage de l'arabe, ses espérances et ses illusions.
C'est en décembre 1960, aux Petites
Baumettes, qu'il comprend qu'il faut renoncer à l'utopie d'une Algérie
plurielle pour laquelle Femand Iveton avait donné sa vie et Timsit et Harbi
risqué la leur. Ce journal a été publié sans retouches, sous le titre Récits
de la longue patience (Bouchène-Flammarion, 2002). C'est dans ce texte
qu'il évoque la figure, un « archange » dit-il, de son ami
Maurice Audin, « disparu » le 21 juin 1957. Libéré, Daniel
Timsit passe à Paris ses derniers examens
de médecine et rentre à Alger tenter, sans trop d'illusions, l'expérience
fraternelle dont il avait rêvé. Il collabore avec plusieurs ministres,
notamment à la réforme agraire. Après le coup d'Etat de juin 1965, il
exerce quelques mois comme médecin à Alger, puis quitte le pays et devient
à Paris à la fois un spécialiste d'endocrinologie et un généraliste, une
sorte de médecin des pauvres comme il y en avait au XIXe siècle. A la fin de
1960, il épouse Monique Antoine, avocate qui fut constamment - et
discrètement - sur la brèche pendant le conflit algérien.
Il devient aussi un
écrivain, dont le ton, mêlé de perspicacité, d'ironie et de tendresse, a
quelque chose d'unique. Avant le Journal, c'est Algérie, récit
anachronique et Suite baroque, histoire de Joseph, Slimane et de nuages
(Bouchène, 1998 et 1999). Daniel Timsit revit l'Algérie qu'il a rêvée
et qui, peut-être, n'était pas entièrement impossible. Sans doute
a-t-elle été tuée en février 1956, quand Guy Mollet capitula devant
l'émeute.
Pierre Vidal-Naquet
- le 11 août 2002
Décès de Daniel Timsit
L'écrivain qui rêvait d'une
Algérie plurielle est
mort à 75 ans.
L'Algérie n'aura pas été
que son lieu de
naissance. Elle aura décidé de l'itinéraire de Daniel Timsit, emporté
à 75 ans par une crise cardiaque et enterré mercredi dans l'Ariège.
Médecin, écrivain, politique, il vouait un amour profond à l'Algérie. «Mais
à une Algérie des humbles, de ces militants de base qui
passent toujours à la trappe dans la littérature officielle»,
remarque l'éditeur Abderrahmane Bouchène en évoquant ce «juste, cette
race qui est en train de disparaître mais dont on a tant
besoin».
Né en 1928 dans une famille juive à Alger,
l'étudiant en médecine s'engage vite auprès des nationalistes algériens.
Militant du PCA (Parti communiste algérien), il organise, fin 1955, avec les
étudiants nationalistes la première grève contre la torture à
l'université. Cet engagement va de pair avec une aide logistique au FLN
jusqu'à son arrestation en octobre 1956. Il notera tout de ses années de
détention : lectures, rêve de cette Algérie plurielle qui, finalement,
ne sera pas... Ce « journal de prison» sera publié quarante ans plus
tard, en 2002, aux éditions Bouchène-Flammarion sous le titre Récits de
la longue patience, après deux ouvrages, Algérie, récit
anachro nique et Suite baroque, histoire de Joseph,
Slimane et de nuages (Bouchène, 1998 et 1999).
Illusions, désillusions:
Daniel Timsit ne se départira jamais d'une tendresse et d'une lucidité
envers l'Algérie où il travailla après l'indépendance, notamment dans la
réforme agraire avant d'exercer la médecine à Alger. Rentré à Paris dans
les mois qui suivirent le coup d'Etat de 1965, Timsit gardera toujours un
intérêt passionné pour ce pays. « Il était, se souvient
Abderrahmane Bouchène, très meurtri par ce qu'il s'y passe. C’était
très touchant.. .»•
José Garçon