frendeites

noimageHenri-Delmas DE GRAMMONT

1830 - 1892
Né(e) à Versailles

Henri Delmas de Grammont, un des meilleurs historiens de l’Algérie, appartenait à une famille de vieille noblesse, très royaliste, et naquit à Versailles, le 5 août 1830. Son père, officier aux gardes du corps, venait de donner sa démission pour ne pas reconnaître Louis-Philippe. Dans la famille des de Grammont, c’était la tradition qu’on servit dans l’armée ou la diplomatie ; Henri se prépara a entrer dans cette dernière carrière, tandis que ses frères se destinaient au métier des armes. Il fit d’excellentes humanités dans un lycée de Paris, puis étudia le droits. Mais la vingtième année venue, il ne put résister au goût qui l’entraînait vers la vie militaire. Il s’engagea aux zouaves et se distingua par sa bravoure son intelligence et son entrain, dans les campagnes de la Kabyle et des Babors. Ses chefs qui le remarquèrent lui facilitèrent les moyens de se préparer pour Saint-Cyr, où il entra en 1853. À sa sortie, il fit la guerre de Crimée, puis vint en Afrique où il resta de 1859 à 1864. Sur les instances de sa famille, il démissionna pour rentrer en France et fut nommé receveur particulier à Montbéliard. Le brave officier qu’était de Grammont ne pouvait demeurer inactif à son foyer, quand la France était envahie ; en septembre 1870, il se mit à la disposition du général Cambriels qui lui donna à commander une compagnie, puis un bataillon du 56e de marche. Ses quatre frères étaient comme lui sous les drapeaux et deux furent tués à l’ennemi. Pour lui, avec sa petite troupe, il fit la guérilla dans les Vosges, inquiétant sérieusement les Allemands ; il se retira ensuite dans la boucle du Doubs où on le laissa se tirer d’affaire tout seul. Il fit de vrais prodiges d’intelligence et de valeur et mérita la croix de chevalier de la Légion d’honneur. On voulait peu après lui donner une recette générale, mais il refusa pour venir s’établir à Mustapha auprès de sa mère, âgée et attristée par des deuils cruels. A partir de cette époque, de Grammont demeura soit à Mustapha soit à Saint-Eugène ; il vivait loin des affaires et du monde, dans une retraite laborieuse, que charmait le culte désintéressé des lettres et les recherches historiques. Il avait une belle bibliothèque et un petit nombre d’amis sûrs, avec lesquels il aimait à raconter les souvenirs de sa vie. Il mêlait d’une manière fort agréable de courts récits de campagne, des traits de caractère de grands hommes qu’il avait connus, des bons mots, des réminiscences des cénacles littéraires qu’il avait fréquentés et de ses lectures. Peu d’hommes, connaissaient comme lui notre littérature française; il avait lu même les ouvrages généralement ignorés de nos trois derniers siècles littéraires, une foule de mémoire et de vieux journaux. Une mémoire heureuse mie élocution simple et pittoresque, beaucoup d’entrain, un doux scepticisme qui n’excluait pas la causticité, marquaient ces causeries brillantes dont les coins de a bibliothèque-musée furent souvent le théâtre et qui ont laissé un souvenir à tous ceux qui ont eu le plaisir d’y assister.

La vraie passion, et on peut même dire la vocation de de Grammont c’était l’histoire. Il aimait surtout à en explorer les parties obscures, à élucider les points controversés, à démolir les légendes ou les fausses interprétations qui l’encombrent. A ce titre l’histoire de l’Algérie sous les Turcs était une mine inépuisable qu’il se plaisait à fouillerDe là une foule de notes et de notices très étudiées, qui pour la plupart ont paru dans la Revue Africaine. et ensuite ont été tirées à part. La Société historique algérienne, qui le comptait parmi ses membres les plus laborieux, l’élut pour vice-président, puis pour président et pendant quinze ans, il fut toujours réélu à l’unanimité à cette place d’honneur. Mais une longue et douloureuse maladie minait ses forces et qu’il savait devoir l’emporter, obligea à résigner cet honneur. On le pria en vain de rester, ne fut-ce que nominalement, à la tête de la Société. Bientôt la maladie acheva son œuvre et le 12 septembre 1892, il mourût dans sa villa de Saint-Eugène. Peu de ses collègues étaient alors à Alger et il n’eut pas à ses obsèques le concours d’amis et d’admirateurs qui se seraient fait un devoir d’y assister. Mais son successeur à la présidence de la Société historique, M. Rinn, a écrit pour la Revue Africaine (année 1892) une notice émue, qui consacre la mémoire du spirituel chercheur et de l’homme de bien.