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Malek OuaryMalek OUARY

1916 - 2001

Né(e) à Ighil Ali (Kabylie aux Ath Abbas) Malek Ouary, né le 27 janvier 1916 à Ighil Ali, Kabylie aux Ath Abbas, dans le massif de la porte (Bibans), est décédé le 21 décembre 2001 à Argelès-Gazost. Parents berbérophones, et langue maternelle le kabyle. Sa première enfance est imprégnée du cadre et du mode de vie traditionnels. Après des études primaires au village, secondaires et supérieures à Alger, il débute dans l’enseignement. Il ne prend conscience de l’existence et de la valeur de son patrimoine culturel que parvenu à l’âge adulte. C’est pour lui une révélation. Il se consacre dès lors entièrement à cet héritage méconnu. C’est ainsi qu’il recueille de nombreux documents de la tradition orale dont il diffuse des traductions dans les médias (journaux, revues, radios). Dans l’édition, il fait paraître plusieurs ouvrages dont une anthologie de poèmes kabyles traduits en français et trois roman.

L’auteur

Ecrivain de langue française, collecteur de la tradition orale kabyle, Malek Ouary est né le 27 janvier 1916, dans une famille de Kabyles chrétiens de Ighil-Ali, village que l'autobiographie de Fadhma Amrouche* a rendu célèbre. Après des études primaires au village natal, il poursuit ses études à Alger où il devient par la suite journaliste à Radio-Alger. Son activité journalistique a contribué à faire connaître le patrimoine culturel kabyle : danse, musique, chants, poèmes et contes. Il a commencé à recueillir les productions orales kabyles dans son village, puis par des enquêtes, dans toute la Kabylie et dans l'émigration kabyle en France.

Par les chemins d'émigration, précédé de Colliers d'épreuves, 1955). La production littéraire de Malek Ouary a obtenu la faveur de la critique et du public en 1956 lors de la publication de son premier roman. Le grain dans la meule.

Pour continuer son activité de journaliste pendant la guerre d'indépendance, Malek Ouary a émigré à Paris où il a travaillé à l'ORTF. Marié en France, il y a poursuivi sa carrière de journaliste et d'écrivain, en publiant une collecte des poèmes kabyles, Poèmes et chants de Kabylie (1974), et son deuxième roman. La montagne aux chacals (1981).

A présent, en retraite, il a terminé son troisième roman. La robe kabyle de Baya et il est en train d'écrire un essai sur son village d'Ighil-Ali durant la période d'activité missionnaire des Pères Blancs.

Au cœur de l'activité littéraire et journalistique de Malek Ouary se trouve donc son intérêt passionné pour la langue et la littérature kabyles qu'il a (re-)découvertes après la «rupture intégrale», lorsque, étudiant à Alger, il a été sevré de sa culture et de sa langue par l'exclusivisme culturel du système scolaire français de la période coloniale. « Mon entrée à l'école a revêtu pour moi un caractère singulier : «on m'y envoyait en quelque sorte pour y désapprendre ma langue afin de m'initier à une autre» (Poèmes et chants de Kabylie, 1974 : 13). Il mentionne la grande impression, «l'illumination», suscitée en lui par la lecture deChants berbères de Kabylie; ce texte de J. Amrouche* lui fit prendre la décision durable de travailler de toutes ses forces, en utilisant la culture française acquise, à la sauvegarde et à la diffusion de la culture kabyle et berbère. Son expérience individuelle et la situation socio-historique lui faisait craindre, comme à Jean Amrouche, la disparition du patrimoine culturel kabyle. Son activité se concentre alors sur la collecte de documents, souvent uniques, comme l'enregistrement des chorales féminines du pays des Aït-Abbas dans les années 50, la traduction de poèmes et de contes, l'enquête sur la narration littéraire dans la société kabyle.

Dans son écriture littéraire, on retrouve l'interaction de tous ces éléments. Par exemple, le noyau du récit dans Le grain dans la meule, ce lien tragique entre amitié, honneur et mort, est l'élaboration d'un événement narré en tant que fait authentique par un compatriote de l'auteur et initialement recueilli pour une transmission radiophonique. Le manuscrit du roman montre également l'interaction et le passage entre différents registres linguistiques, fruit de l'expérience de l'auteur en tant que journaliste et traducteur de poèmes kabyles. Malek Ouary nous dit que les dialogues sont modelés par l'usage quotidien en Kabylie, et que des parties entières des discussions à la tajmaat ont été reprises à partir des conversations enregistrées lors de ses enquêtes journalistiques en Kabylie. L'écriture ainsi élaborée donne un ton aulique et élevé au roman et le pose au-delà de l'écriture française « classique », trait qui - et ce n'est pas un hasard - a fait l'objet des recensions diverses, bien que le roman ait été apprécié par la critique de l'époque (Blazat 1956, Pèlerin 1936, Vergnolle 1956).

La critique littéraire actuelle présente les romans en français des auteurs kabyles contemporains de Malek Ouary (Mouloud Feraoun* et Mouloud Mammeri*) comme expression de la période dite «ethnographique» de la littérature algérienne [2] . Cette caractérisation tient à la fois au cadre temporel choisi : des romans situés dans la période pré-coloniale ou qui ne rompent pas complètement avec l'histoire coloniale; au cadre dit «régional»: le choix d'un espace narratif kabyle et de personnages kabyles; et à la question du lectorat : le public français auquel ces romans s'adressent. Bien que de façon moins explicite, on a aussi fait une telle lecture des romans de Malek Ouary (Achour 1990 : 164-65, 233).

Sur la question du lectorat, on doit admettre qu'effectivement les romans de Malek Ouary s'adressaient à un public principalement «français» : l'auteur lui-même nous l'a confirmé, en expliquant qu'à l'époque où il était tout imprégné de culture française, il partageait l'idée que toutes les valeurs lui avaient exclusivement été apportées par l'Ecole, qui tendait à la francisation des élèves. Ce n'est qu'à la fin de ses études qu'il a pris conscience que «tout lui venait de l'extérieur» et qu'il devait reconsidérer personnellement les choses apprises et surtout l'apport de sa propre culture. Cet aspect rejoint celui du cadre temporel dans Le grain dans la meule. Le fait de s'adresser à un lectorat français et le fait de situer le récit dans la période pré-coloniale correspondent ainsi à ce moment de la réflexion de l'auteur sur l'enseignement reçu, et à la nécessité de faire connaître aux autres pour «reconnaître» lui-même la réalité kabyle: c'est donc un moment marquant dans le développement individuel et artistique de l'auteur. Ce parcours est semblable à celui des personnages principaux dans ses œuvres ultérieures, La Montagne aux chacals et le roman La robe kabyle de Baya ces deux romans, sans que l'on puisse les considérer comme des récits purement autobiographiques, les personnages principaux font l'expérience de la séparation du pays et de sa culture et puis se tournent vers leur communauté, en participant a la guerre de libération de l'Algérie.

Quant au choix «régional», il est indispensable de rappeler qu'il s'agit d'un mouvement très enraciné dans le milieu intellectuel kabyle, et en Kabylie en général dans lequel des stratégies différentes ont été mises en place depuis la fin du XIXe siècle, avec pour but souvent explicite de remettre en cause la subordination ancien ne du kabyle et du berbère par rapport aux autres langues et cultures du Maghreb. Le choix d'une écriture centrée sur la langue et l'espace kabyles est, encore aujourd’hui, une des stratégies caractérisant la création littéraire des auteurs de langue kabyle. Pour ce qui concerne l’œuvre de Malek Ouarv, il a une aspiration vers ce que l’on peut appeler une «identité kabyle plurielle», où plusieurs pôles - le monde de la tradition littéraire orale berbère, mais aussi les mutations induites par le contact avec la France et l'utilisation de la langue française - une fonction structurante.

L'auteur affirme aussi que son écriture voudrait toucher à l'universel a travers le particulier, étant entendu que l’universel n'est pas l'universalisation des normes littéraires d'une seule culture, mais l’aspiration à toucher les structures du sentir et de la compréhension humaine.

Malek Ouary appartient à la première génération d'écrivains kabyles qui a produit des œuvres littéraires et des essais importants, contribuant ainsi à la transmission du patrimoine culturel kabyle et à la formation de la riche tradition littéraire «francophone» dans l'espace littéraire kabyle et dans la littérature algérienne.

D. Merolla

Bibliographie

  • ACHOUR, C. (sous la dir. de) : Dictionnaire des œuvres algériennes en langue frange, L’Harmattan, Pans 1990.
  • BLAZAT, J. : Le grain dans la meule (recension), Le Figaro, sam. 26 mai, 1956.
  • DÉJEUX, J. : Dictionnaire des auteur, maghrébins de langue française, Karthala. Paris, 1984.
  • PELERIN, R. : Un nouveau romancier algérien : Malek Ouary, Cahiers religieux d'Afrique du Nord, oct.-dec. 1956,
  • VERGNOLLE, C. : Le grain dans la meule (recension), Contacts littéraires et sociaux 15 juin/15 septembre 1956. Ouvrages
  • 1955 : Par les chemins d'émigration, reportage précédé du Collier d'épreuves, (chants et poèmes kabyles traduits).
    Société algérienne de publication, Alger. 1955.
  • 1963 : Le mouton de la fête, Dialogues, n° 3, juillet-août (conte).
  • 1974 : Poèmes et chants de Kabylie, Saint-Germain-des-Prés, Paris, 1972.

* Cet ouvrage vient d'être réédité aux Editions Bouchène dans la collection Poésies : cliquez sur le titre pour accéder à la page détaillée.

M Ouary a également publié de nombreuses études et témoignages sur la société et la culture kabyles dans des revues de vulgarisation, notamment Algeria (Alger : 1949, 1950, 1951, 1952, 1955).