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Arabes de langue7 0x200Quand les Juifs parlaient arabe

Jusqu’en 1492, la Sicile se caractérise par l’importance numérique et la cohésion identitaire de sa communauté juive: constamment renouvelée par l’immigration, celle-ci représente sans doute près de 5 % de la population sicilienne, ce qui constitue le pourcentage le plus élevé de tout le monde latin médiéval.

Fin connaisseur du monde sicilien, Henri Bresc nous ouvre les portes de cette commnnauté originale de médecins, d’artisans et de petits négociants, regroupés dans une quarantaine de bourgs. A la particularité religieuse les Juifs de Sicile ajoutent une spécificité linguistique: ils n’ont jamais renoncé à l’usage de la langue arabe.

Henri Bresc décrit minutieusement, dans ce livre attachant et très documenté, l’existence de ces Juifs arabophones vivant dans des quartiers séparés, mais côtoyant les autres Siciliens dans une promiscuité relativement pacifique. Sur le plan juridique, ils jouissent à la fois de la protection royale et de la citoyenneté pleine et entière.

Leur culture matérielle témoigne surtout de leur acculturation. Les clercs se plaignent amèrement du fait que rien, dans leur vêtement ou dans le port de la barbe, ne les distingue des autres habitants.

Le judaïsme sicilien ne s’est pas pour autant complètement fondu dans la société chrétienne. Pourquoi? Sans doute - c’est du moins l’hypothèse séduisante d’Henri Bresc - parce que la survie de la langue arabe lui a servi de «première ligne d’identification et de défense».

Moins brillante sur le plan intellectuel que la communauté juive d’Espagne, la communauté sicilienne n’a pas eu non plus à subir les conversions de masse qui caractérisent, à partir du XIVe siècle, l’ensemble du judaïsme européen.

Adaptant leurs traditions pour accomplir, du point de vue de la vie quotidienne, une acculturation relativement harmonieuse, les Juifs de Sicile ont su faire de leur culture et de leur langue une «carapace identitaire».

L’HISTOIRE, n° 264 avril 2002.