frendeites

Mutations du monde méditerranéen

La Méditerranée n’a jamais cessé d’être un espace d’échanges et de circulation des savoirs et des hommes ; parmi les multiples lectures qu’elle a suscitées, la question de l’identité n’a guère été abordée sous l’angle des mutations des identités collectives. La mobilité des frontières, depuis le Moyen Âge, a conduit à l’enclavement de groupes, minoritaires par la langue ou par la religion, qui ont contribué à la transmission à double sens des savoirs et des pratiques culturelles ; comme aujourd’hui avec les musiques, les poésies, les danses... Autour d’un hommage à la mémoire du sociologue algérien Abdelmalek Sayad, l’un des animateurs de cette recherche collective jusqu’à sa mort (1998), les dix-sept contributions réunies dans cet ouvrage portent sur La question de l’arabisme, les Passages et combinaisons, les Dynamiques identitaires aujourd’hui. Les thèmes abordés par les médiévistes et par les sociologues conjointement et/ou successivement - ouvrent la voie à un débat, notamment sur :

la longue permanence du christianisme arabisé au Maghreb et en Espagne jusqu’à la rupture almohade (1160).

la continuité de l’arabe, par-delà la reconquête chrétienne, comme langue parlée et écrite, marqueur volontaire d’identité tant chez les Mozarabes et chez les juifs d’Espagne et de Sicile que chez les Maltais.

la construction complexe des identités berbères entre le prestigieux modèle de l’islam arabe, l’adoption de modèles généalogiques savants et le souvenir des orgueils tribaux.

les éléments de la vie quotidienne, efficients dans la construction des identités mais habituellement masqués, qui se donnent à voir dans des situations à caractère dramatique : implantation de la viticulture coloniale en Algérie (sur laquelle porte la contribution d’A. Sayad à cet ouvrage collectif), émigration d’Algériennes au Québec, grève d’ouvriers agricoles en Andalousie sous le franquisme, crise des marchés agricoles provençaux, rapatriement au pays des corps des émigrés décédés à l’étranger comme en Tunisie. La prise de conscience d’éléments de ce type, ancrés dans un passé parfois lointain, est probablement un point de passage obligé vers le dépassement de ce lieu de souffrance qu’est la recherche identitaire. Les auteurs s’accordent sur le caractère stratégique de la construction, de la déconstruction et des mutations d’identités en mouvement. Ils rejettent, arguments à l’appui, la conception « géologique » d’identités stables : les religions changent aussi, dans l’application des règles les plus banales, leur rapport à l’Etat...

FRAGA TOMAZI
Cultures en mouvement, déc.-janv. 2001